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Le privé en santé est-il une menace ou un allié pour le système public ?

HugoCepsem Invité par le Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être (CEPSEM), le président de l’AMQ, le Dr Hugo Viens, a prononcé une conférence sur les enjeux reliés à la relation public-privé en santé le 17 mai dernier.

Pour le Dr Viens, il est clair que le système de santé a besoin de performance, d’agilité et d’imputabilité. C’est donc dans ce contexte qu’il faut se demander si le privé est nécessairement une menace ou s’il peut être un allié au service du système public de santé.

 « Il est devenu nécessaire de repenser le fonctionnement de notre système de santé, de le voir autrement et de développer des solutions novatrices », a souligné le Dr Viens.

Quand on analyse le système de santé, force est de constater que le privé y est très présent. Le panier de services couvert par l’État québécois est centré sur les soins à l’hôpital et les actes des médecins. Beaucoup de soins pourtant nécessaires, voire médicalement requis ne sont pas couverts pour une grande partie de la population (soins dentaires, soins de réadaptation, services sociaux, etc.).

Le privé est déjà partout dans le système de santé

L’entrepreneuriat privé représente aussi une grande partie du système de santé. En fait, près de la moitié des dépenses en santé de l’État va aux entreprises privées. À l'exception des CLSC et des hôpitaux, les services médicaux sont dispensés en cabinets privés, en GMF, en super-cliniques et en polycliniques. Et, la plupart des dépenses (achat de services, de technologies ou de machines, transport de matériel, etc.) et des investissements en équipement faits par les établissements publics que sont les hôpitaux et les CLSC vont à des entreprises privées.

Enfin, un fort pourcentage des médecins étant incorporé, leur rémunération est en réalité versée à une gestion privée.

Notre système « public » est donc un système de paiement public et non pas un système de gestion publique des ressources. Non seulement une grande portion de l’argent de l’État va à des entreprises privées, mais le privé occupe déjà une large part dans le fonctionnement des soins de santé.

La population veut des soins de santé payés par l’État

Par ailleurs, quand on demande à la population ce qu’elle veut, elle répond : des soins de santé de qualité dans des délais raisonnables, payés par l’État. Comme l’a montré un sondage CROP effectué dans le cadre d’une recherche du Pôle Santé HEC Montréal en 2017, près de 70 % de la population trouve normal que plusieurs types d’organisation (privée, à but non lucratif ou coopérative) puissent offrir des services de santé et des services sociaux payés par le gouvernement.

« Qui paie le loyer n’a aucune importance pour les patients, ce qui leur importe est qui paie le service de santé », a rappelé le Dr Viens. Le tabou du privé en santé est donc un mythe et la position de l’AMQ fait consensus : ce qui est médicalement requis doit être couvert par le système de santé, peu importe le type de fournisseur qui rend ce service.

Le privé quand c’est une plus-value

En ce sens, il doit y avoir une ouverture au privé pourvu qu’il soit une plus-value dans notre service de santé. Le Dr Viens a ensuite donné l’exemple de la Clinique de Chirurgie Dix30, à laquelle il est associé et dont il est le directeur médical. Ne gérant que des chirurgies d’un jour, cette clinique possède des infrastructures souples et légères, ce qui permet des économies. Elle se révèle donc aussi plus efficace et plus agile que de très grandes infrastructures comme les hôpitaux.

Étant une structure privée conventionnée, elle ne fournit que des soins couverts par le régime public. Les patients ne paient donc pas les services qu’ils y reçoivent. Le paiement de leurs soins est pris en charge par des entreprises qui y envoient leurs employés. Les autres sont transférés par trois hôpitaux de la région dans le cadre du projet-pilote du financement à l’activité axé sur le patient. Le gouvernement est en effet en train d’établir le coût des épisodes de soin avant d’installer ce type de financement dans les hôpitaux du Québec. Deux autres cliniques participent également à ce projet.

Une plus grande ouverture au privé conventionné à prévoir

Non seulement les patients sont satisfaits de la qualité de leurs soins et de la rapidité avec laquelle ils les reçoivent, mais les professionnels impliqués y compris les médecins, sont plus performants compte tenu de leur imputabilité, inhérente à toute entreprise privée. C’est donc un bel exemple de privé au service du public.

Après la présentation du Dr Viens, les participants ont discuté de l’avenir du système de santé. Selon eux, il est probable qu’en raison de la performance actuelle du réseau et de son instabilité due aux récentes réformes, les prochains gouvernements feront appel au privé conventionné pour épauler le système de santé et améliorer la performance.

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