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Congrès national Choisir avec Soin

L’Association médicale du Québec était à Toronto le 23 avril dernier pour le Congrès national annuel Choisir avec soin. Une édition inspirante qui a fait la preuve que cette campagne nationale et locale est un succès. Au-delà des recommandations formulées par les différentes sociétés savantes canadiennes participantes, les équipes qui mettent en place des projets dans les différentes provinces engendrent des améliorations dans les soins aux patients et dans les systèmes de santé. Pour ceux qui ne pouvaient s’y rendre, voici les principaux messages clés livrés.

 

1)     La peur d’être poursuivi pour ne pas avoir fait un examen est un mythe

ChoisirSoin1 Lorsque l’on demande aux médecins au Canada, mais aussi ailleurs dans le monde, pourquoi ils font ou font faire autant d’examens, leur première réponse est le plus souvent « par crainte d’être poursuivi ».

« Il n’y a jamais eu de médecins poursuivis pour ne pas avoir fait d’examen. Plusieurs médecins en revanche sont poursuivis pour avoir fait des examens pour lesquels ils n’ont pas fait de suivi », a pourtant souligné le Dr Hartley Stern, directeur général de l’Association canadienne de protection médicale (ACPM) lors de sa présentation en clôture du Congrès. En bref, suivre les recommandations de Choisir avec soin ne crée aucune problématique sur le plan de la responsabilité professionnelle.

C’est donc un mythe tenace et non documenté sur le plan juridique qui perdure au sein de la profession médicale sans raison. Déjà en août 2017, dans le cadre de la conférence internationale Preventing Overdiagnosis qui se tenait à Québec, l’AMQ avait organisé un atelier à ce sujet pour rassurer les participants. Un an plus tard, le président directeur général de l’ACPM confirme qu’« il n’y a aucun risque à suivre les recommandations de Choisir avec soin. S’il y a un risque, ce serait plutôt de faire des examens que l’on sait inutiles et d’en oublier le suivi. »

 

2)     Le manque de soutien du gouvernement du Québec à la campagne Choisir avec soin

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Lors du congrès, plusieurs observateurs ont constaté l’inactivité du gouvernement du Québec et son manque de soutien à la campagne Choisir avec soin. Lors de l’ouverture du Congrès, il a été mentionné que le gouvernement fédéral et l’ensemble des gouvernements provinciaux sont des partenaires de Choisir avec soin, à l’exception du Québec où c’est une association médicale, l’AMQ, qui est la courroie de transmission des recommandations francophones et le partenaire local. De fait, étant donné que le gouvernement québécois ne s’engageait pas, c’est l’AMQ qui a pris en charge ces rôles! L’AMQ est aujourd’hui responsable du volet francophone de la campagne et le coordonnateur de Choisir avec soin Québec.

 

 

3)     La qualité des soins passe par la pertinence

Un système de santé de qualité se doit d’être sécuritaire, efficient, efficace, équitable en plus de bénéficier de soins donnés dans les délais acceptables et centrés sur le patient. Or, la campagne Choisir avec soin touche tous ces éléments du contrôle de la qualité.

  • Sécurité : les tests ou des traitements inutiles créent des dommages;
  • Efficient et efficace : le gaspillage diminue la performance du système;
  • Équitable et dans les délais : pendant que certains passent des tests inutiles, d’autres attendent;
  • Centrés sur le patient : des tests ou des traitements inutiles sont contraires au bien du patient.

 

4)     Utiliser les données administratives pour définir des cibles d’intervention

Le Dr Joshua Tepper, président et chef de la direction, Qualité des services de santé Ontario, a fait forte impression auprès de l’assistance. Il a expliqué que dans sa province, des chercheurs utilisent les données administratives du système de santé pour savoir quelles sont les interventions à cibler. Ils mettent en parallèle les recommandations de Choisir avec Soin avec le pourcentage de surdiagnostic ou de surtraitement et les coûts que cela engendre. Ainsi ils connaissent l’ampleur d’une problématique ainsi que son coût. Ils peuvent donc orienter la prise de décision afin de savoir quand il faut intervenir ou non.

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5)     Réduire le surdiagnostic, les traitements et les soins inutiles

En 2014, lors de son lancement, l’objectif de la campagne Choisir avec soin était d’aider les professionnels de la santé et les patients à engager un dialogue au sujet des examens et des traitements qui ne sont pas nécessaires et à les aider à faire des choix judicieux et efficaces.

Lors du congrès 2018, les participants ont décidé de mettre davantage l’accent sur les actions destinées à réduire le surdiagnostic, les traitements et les soins inutiles.  

Choisir avec soin continuera bien sûr d'outiller les cliniciens et les patients pour les aider à avoir des discussions sur les soins non-nécessaires, mais compte mettre plus d'importance sur l'appui aux initiatives d'implantation de mesures visant à réduire les soins inappropriés. Cette décision a conduit à la création d’un « réseau de recherche sur l’implantation ».

 

6)     La troisième ère de la médecine

Très intéressante, la présentation de la Dre Dee Mangin, professeure titulaire de la chaire David Braley et Nancy Gordon en médecine familiale de l’Université McMaster, a permis d’évaluer les influences actuelles et passées qui façonnent le cadre changeant de la médecine et de comprendre comment Choisir avec soin peut s’inscrire dans l’ère actuelle de la médecine.

Selon son analyse, la première ère de la médecine est surtout caractérisée par l’autonomie de la médecine, une relation binaire entre le médecin et le patient et la mise en place d’un contrat social entre la population et la communauté médicale.

Par la suite, on observe une seconde ère basée sur la reddition de compte et la théorie des marchés dans laquelle on privilégiait le volume, la standardisation des soins et la mise en place de protocoles de soin ou d’intervention.

On entre maintenant dans une ère de qualité. Les gens ne meurent plus d’infections généralisées telle la grippe espagnole, mais plutôt de cancers et des maladies cardiovasculaires.  Cela entraîne la médicamentation de beaucoup de personnes âgées, au point qu’aujourd’hui la cause principale de décès des personnages âgées est le médicament. Il faut donc ajuster la pratique médicale pour s’adapter à cette nouvelle ère.

Les médecins doivent miser sur le professionnalisme et la confiance. D’où l’importance d’encourager la communauté Choisir avec Soin à continuer d’améliorer les soins aux patients et le système de santé.

 

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