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Pour une pratique éclairée : le Dr Vincent Demers témoigne

DrVincentDemersMédecin de famille et vice-président de l’Association médicale du Québec (AMQ), le Dr Vincent Demers soigne à domicile une clientèle gériatrique en perte d’autonomie, en plus de suivre des patients vulnérables au GMF ProActive Santé Neufchâtel et de collaborer à la clinique communautaire et d’enseignement SPOT. Le 2 mai dernier, il a participé au programme Pour une pratique éclairée : une utilisation judicieuse des examens et des traitements. Cette formation est une collaboration entre l’AMQ et le Collège québécois des médecins de famille (CQMF). D’une durée de six heures, elle aborde à l’aide d’exemples concrets (IPP, dépistages, lombalgie, etc.) la surprescription médicamenteuse, le surdiagnostic, le surtraitement et l’excès d’imagerie médicale. Le Dr Demers a accepté de revenir avec l’AMQ-info sur sa participation à ce programme.

AMQ-info : Pourquoi avoir décidé de vous inscrire à cette formation ?

Dr Demers : La médecine évolue rapidement. J’ai commencé ma pratique en 2004, plusieurs lignes directrices ont changé depuis. Elles sont souvent en contradiction les unes avec les autres, nous amenant à changer nos recommandations à nos patients et créant chez eux de la confusion. Si j’ai décidé de m’inscrire à cette formation, c’était d’abord pour me donner des outils pour mieux répondre aux besoins de mes patients qui exigent les tests de dépistage et les examens annuels que nous les avons habitués à subir, mais qui ne sont plus conseillés. 

 

AMQ-info : Comment avez-vous découvert le surdiagnostic et le surtraitement? En quoi ont-ils un impact sur votre pratique ?

Dr Demers : J’ai souvent pensé que je prescrivais certains tests pour éviter de passer à côté d’un diagnostic grave, mais peu probable, ou parce que c’est ce qui était exigé de moi par les patients ou par les pairs pour être un bon médecin. Avec l’expérience, je me suis rendu compte que plusieurs examens ou traitements pouvaient causer plus de tort que de bien aux patients et augmenter leur anxiété, sans parler des coûts et de l’utilisation des ressources que cela entraîne sur notre système de santé à bout de souffle. Les discussions et remises en question des dernières années sur la pertinence de certains dépistages, par exemple le dépistage du cancer de la prostate avec le PSA, m’ont ouvert les yeux à ce problème. Il y a encore une culture en médecine de rechercher des anomalies chez des patients asymptomatiques et de tenter de les traiter avant l’apparition de symptômes, sans pour autant s’assurer que cela présente un véritable effet positif sur la mortalité ou sur la morbidité.  

 

AMQ-info : Quels sont les obstacles à une pratique moins portée sur le surdiagnostic et le surtraitement ?

Dr Demers : D’une part, il faut parfois aller à contre-courant de certains guides de pratique élaborés aux États-Unis ou des recommandations d’experts pouvant être biaisés et financés par l’industrie pharmaceutique. Il faut aussi demeurer alerte quand nous assistons à des conférences d’experts. D’autre part, il faut défaire la culture des tests et des examens que nous avons instaurée tant chez les médecins que chez les patients, et toujours nous questionner sur la pertinence de chacune de nos investigations et de chacun de nos traitements. Cela demande du temps et de l’énergie, ce qui n’est pas facile dans nos conditions d’exercice toujours à la course, mais c’est essentiel. Je note par exemple que de plus en plus, avant de recommander nos patients en spécialité, des tests préalables sont exigés aveuglément, même si nous les jugeons non pertinents. Enfin, il faut revenir à la base en impliquant et en éclairant nos patients pour chacune de nos décisions qui les concerne, car bien souvent, ils n’en demandent pas tant et c’est pour nous sécuriser, comme médecin, que nous surdiagnostiquons et surtraitons nos patients.

 

AMQ-info : Avez-vous découvert des outils ou des façons de faire qui vont vous aider dans votre pratique ?

Dr Demers : L’initiative Choisir avec soin, le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs, certains sites internet comme TheNNT, ou encore plusieurs outils de l’INESSS permettent de mieux réfléchir à ma pratique. Il existe aussi de l’information destinée aux patients, ce qui permet de mieux orienter nos discussions et de briser les mythes.

 

AMQ-info : Comment abordez-vous la question du surdiagnostic et du surtraitement avec vos patients ? Est-ce que cela a évolué dans les dernières années ?

Dr Demers : Je leur explique que les recommandations médicales évoluent, ce qui est le signe d’une démarche critique et scientifique. Je prends le temps de leur expliquer les risques et bénéfices des investigations proposées. J’utilise parfois les tableaux existants qui montrent combien de personnes sur 1000 vont bénéficier d’une investigation ou d’un traitement, et combien en subiront au contraire des effets néfastes. Chez les patients qui utilisent des médicaments depuis longtemps, je révise périodiquement avec eux l’indication de les continuer et j’essaie de déprescrire ceux dont le bienfait n’est plus évident. Je suis beaucoup plus sensible à ces questions depuis les deux dernières années qu’auparavant. Je pense que le vent tourne dans la culture médicale.

 

AMQ-info : Qu’est-ce que vous comptez changer dans votre pratique après avoir suivi cette formation ?

Dr Demers : C’est déjà commencé, j’essaie de revenir à la base, à la clinique, au questionnaire et à l’examen physique, de réfléchir aux implications de chacune de mes interventions et d’impliquer davantage les patients dans les décisions. Le principal obstacle demeure le temps que cela exige.

 

AMQ-info : Quelque chose à ajouter ?

Dr Demers : La formation était excellente!

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