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La Journée annuelle de l’AMQ

Le 20 avril dernier avait lieu la Journée annuelle de l’AMQ placée sous le signe du professionnalisme. Au programme : les conclusions des tournées québécoise et canadienne sur le professionnalisme, une présentation sur la similitude des enjeux professionnels des médecins et des avocats et le récit de l’expérience de la communauté médicale albertaine.

Dre Isabelle Samson JAMQ4En commençant, la Dre Isabelle Samson a présenté le rapport tiré des consultations réalisées dans le cadre de la Tournée sur le professionnalisme médical de l’AMQ. Deux constats émergent des nombreux commentaires des médecins. D’abord, le double rôle de soignant et de professionnel qu’implique la profession médicale semble peu intégré chez une grande partie des médecins.

D'autre part, bien que presque tous les médecins considèrent le statu quo insoutenable, peu d’entre eux sentent être partie prenante des solutions ou des moyens à mettre en place pour entamer un changement. Pour en apprendre plus vous pouvez lire le résumé du rapport ou consulter le rapport dans son intégralité.

Par la suite, le Dr Laurent Marcoux, président de l’Association médicale canadienne (AMC) a partagé les différentes initiatives de l’AMC liées à ce dossier.

Des initiatives pancanadiennes pour renforcer le professionnalisme médical

Pour le Dr Marcoux, le professionnalisme est une valeur fondamentale qui « définit ce que nous faisons, ce que nous sommes, ainsi que nos relations avec nos collègues et nos patients ». Pas étonnant donc qu’il soit sur toutes les lèvres dans les différentes associations médicales provinciales et territoriales de tout le pays.

Dr Laurent Marcoux JAMQ5
Et c’est pourquoi l’AMC a posé plusieurs gestes pour mieux définir et promouvoir le professionnalisme médical. En décembre dernier, son conseil d’administration a notamment adopté une Charte des valeurs communes redéfinissant l’engagement des médecins les uns envers les autres. Cette charte mise sur quatre éléments clés : le respect, l’intégrité, la réciprocité et la civilité. « Nous réussissons mieux lorsque nous travaillons et croyons en notre travail ensemble, lorsque nous prenons un engagement commun et partageons un ensemble de valeurs, de vertus et de principes », a expliqué le Dr Marcoux.

D’ici la fin de l’année, l’AMC présentera aussi le Code d’éthique et de professionnalisme, issu de son code de déontologie qui est en train de subir toute une cure de rajeunissement afin de refléter l’évolution de la société. Le nouveau Code propose de mettre en évidence des vertus qui sont incarnées par la profession médicale et mises en pratique quotidiennement par les médecins : la compassion, l’honnêteté, l’humilité, l’intégrité, la conscience morale et la confiance.

Le troisième élément de la plateforme du professionnalisme de l’AMC est un cadre de responsabilisation qui sera dévoilé lui aussi plus tard cette année. Il rappellera aux médecins leur engagement envers le système de santé.

Le Dr Marcoux a profité de son passage à Montréal pour rappeler à tous les médecins l’importance de prendre soin de leur santé. Selon des résultats préliminaires du Sondage national des médecins de l’AMC :

  • Pas moins de 30 % des médecins en exercice et médecins résidents font état d’un niveau d’épuisement élevé;
  • près de 35 % ont reçu un diagnostic de dépression;
  • et le taux d’idéation suicidaire atteint près de 19 %.

« Il faut les appuyer pour mettre en place un environnement qui permet d’éviter le surmenage et aussi développer des outils de prévention », a expliqué le Dr Marcoux rappelant que la toute première Politique sur la santé des médecins de l’AMC a été rendue publique l’automne dernier. En conclusion, le président a appelé les médecins à s’engager pour améliorer le réseau en étant des agents de renouveau.

Profession médecin ou avocat : même combat!

Me Savard JAMQ4Professeure agrégée à la Faculté de droit de l’Université Laval et chercheuse responsable de l’Axe Droit et politiques de la santé du Centre de recherche en gestion des services de santé FSA-ULaval-CHU de Québec, Me Anne-Marie Savard a mis en relief les similitudes entre la profession médicale et la profession juridique.

Tout comme les médecins, les avocats ont une pratique encadrée par un contrat social tacite avec la population. Mais le modèle de l’avocat en solo dans un cabinet ou avec ses associés qui ne devait rien à personne sauf à son client a fait son temps. Dans les dernières années, on a assisté à une diversification de la profession d'avocat ainsi qu'à un engorgement du système judiciaire marqué par une baisse de l’activité judiciaire alors que le nombre d’avocats augmentait.

Il faut dire que le système de justice est devenu inadapté aux besoins des justiciables en raison notamment de la longueur et des coûts des procédures, mais aussi de l’insatisfaction par rapport aux résultats, « ce qui a conduit à une perte de confiance du public envers les institutions judiciaires et les avocats », a souligné Me Savard. Les avocats en ont pris acte. Reconnaissant que la justice est un service public, ils ont accepté devoir faire leur part pour appliquer une saine gestion des instances judiciaires étant donné que les institutions ont des ressources limitées.

Collectivement, ils ont décidé de prendre des mesures pour retrouver la confiance de la population. Le Barreau a fait pression dans le but de modifier le Code de procédure civile en 2014 dont une nouvelle version est finalement entrée en vigueur le 1er janvier 2016. Par ailleurs ils ont révisé le Code de déontologie des avocats en 2015.

Un virage culturel

Une réforme que Me Savard appelle un virage culturel et qui a consisté entre autres pour les avocats à accepter de changer leur façon de travailler. Faisant adopter le principe de proportionnalité dans le Code de procédure civile, « ils se sont engagés à informer leurs clients qu’il y a d’autres façons de régler des litiges (négociation, médiation et arbitrage) que les procès », a expliqué la professeure. Les avocats s’adressent donc moins souvent aux tribunaux. Le nouveau code de procédure civile les incite également à limiter les affaires à ce qui est nécessaire aux fins du litige et à travailler ensemble selon le principe de coopération.

Selon le nouveau code de déontologie, les avocats ne sont plus seulement redevables à leur client, mais bien « au service de la justice ». Ils doivent prendre en considération l’accessibilité à la justice, faciliter la collaboration à une saine administration de la justice et le soutien de l’autorité des tribunaux en plus de tenir compte du contexte social dans lequel le droit évolue. Enfin, il se doit de « favoriser le maintien du lien de confiance entre le public et l'administration de la justice. »

Pour elle, autant le contexte que les moyens pris pour faire évoluer la profession d’avocat appellent la comparaison avec la situation des médecins et l’évolution du professionnalisme médical. Comme le mentionne le nouveau Code de déontologie des médecins : « le médecin doit collaborer avec les autres médecins au maintien et à l’amélioration de la disponibilité et de la qualité des services médicaux auxquels une clientèle ou une population doit avoir accès. » Et, dans d’autres mots, le virage culturel vers un rôle plus social est nécessaire.

Se réinventer est possible

Dr Carl Nohr JAMQ5Le Dr Carl Nohr, ancien président de l’Association médicale de l’Alberta (AMA) et membre du conseil d’administration de l’AMC, a présenté quant à lui l’expérience de la communauté médicale albertaine qui a vécu récemment un changement profond de ses rapports avec le gouvernement et la population.

Ayant une analyse très proche de celle de l’AMQ par rapport à l’effritement du contrat social, le Dr Nohr a demandé aux participants de la Journée s’il y avait un avenir pour les médecins étant donné les difficultés actuelles du réseau de la santé.

Pour lui, la profession médicale ne peut être séparée de la société, qui lui accorde un statut « professionnel ». Malheureusement ces dernières années, on a assisté à une perte de compassion, de disponibilité, de responsabilité, de l’intérêt pour le bien public et du service altruiste, de la part des médecins, ce qui est à la base du professionnalisme.

Cela a mené à un changement de perception de la population envers les médecins. En Alberta comme au Québec, il y a des problèmes d’accès et de disponibilité. Et si les médecins albertains n’ont pas reçu d’augmentation comme les médecins au Québec dans les dernières années, la croissance annuelle du budget de la santé est montée jusqu’à 7,5 %, « juste parce que les médecins en faisaient toujours plus », ce que cette province n’était plus en mesure d’assumer. Il y avait aussi un manque flagrant de services dans les régions rurales, car de plus en plus de médecins voulaient pratiquer dans des centres urbains. Or, « c’est la responsabilité des médecins de mettre des médecins partout dans la province », assure le Dr Nohr.

Ne serait-ce que par compassion, chacun devrait en effet prendre conscience que « ce que je veux pour moi, je le veux aussi pour vous », a-t-il souligné.

Comprendre la valeur de la productivité pour le bien commun

Alors qu’il était président de l’AMA, le Dr Nohr a donc commencé à expliquer aux médecins comme au gouvernement que puisque le statu quo n’était pas possible, il était primordial qu’ils arrivent à travailler ensemble pour remédier à la situation. Selon lui, « la confiance est le fondement d’une relation productive ». La confiance avec ses partenaires comme avec ses patients. Et cela commence pour la profession médicale par prendre conscience qu’elle ne peut pas « rester un monopole centré sur ses propres intérêts ».

La solution est de revenir à la base, devenir une inspiration plutôt que d’imposer une façon de voir, et pour cela, il faut faire comprendre à tout le monde que les soins de santé doivent être axés sur le patient. Les médecins devaient oublier les soins qu’ils faisaient aux patients comme avant, oublier aussi les soins faits pour les patients comme c’est souvent le cas actuellement pour aboutir à des soins de santé qui deviendraient ce que les médecins en feraient AVEC les patients.

Une prise de conscience impossible sans comprendre que la productivité ne doit pas être considérée en fonction du volume de soins que peut prendre en charge un médecin, mais plutôt de la valeur que ces soins peuvent apporter.

Mais pour cela les médecins doivent participer à la gestion « judicieuse et consciencieuse » des ressources qui leur sont confiées.

Collaborer pour une gestion responsable

C’est donc cette gestion responsable qu’il a essayé de mettre en place pendant sa présidence, une gestion dans lequel le succès de chacun dépend du succès des autres, dans lequel l’individuel est indissociable du collectif et qui passe par la collaboration et non la confrontation.

L’Association s’est donc finalement entendue avec le gouvernement pour résoudre les deux principales problématiques de l’Alberta : trouver « les médecins dont on a besoin pour aller pratiquer dans les régions rurales et faire en sorte de pouvoir les envoyer là-bas » et utiliser la pertinence des soins pour diminuer la croissance du budget de la santé que les médecins se sont engagés à faire passer de 7,5 % à 4 %.

À la question d’un participant à la Journée qui voulait savoir comment le Dr Nohr a réussi à convaincre 78 % des membres de l’AMA de la nécessité des réformes, il a répondu « J’ai fait de mon mieux pour persuader les gens que c’était dans notre intérêt… C’est sûr qu’au bout du compte, si on a une vision de ce que nous pourrions être, on peut rallier tout le monde », a-t-il répondu.  

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Pour terminer la journée, le président de l’AMQ, le Dr Hugo Viens, a souligné que la production du rapport sur les consultations de la Tournée sur le professionnalisme marquait le début d’un nouveau processus. « Il est clair que les médecins doivent, plus que jamais, développer une vision collective de leur profession et s’engager ensemble à renouveler le contrat social », a précisé le Dr Viens. La Tournée a montré que les médecins soutiennent les quatre pistes de solution que l’AMQ a mises de l’avant : le leadership, le professionnalisme, la gouvernance clinique et l’organisation médicale.

Et si les formes que cela prendra ne sont pas encore claires pour les médecins, le fait qu’ils y croient est pour le Dr Viens « déjà un bon pas en avant ». C’est aussi le signal que l’AMQ doit continuer d’être proactive pour faciliter l’implantation de ces solutions et pour soutenir les médecins qui s’y engageront.

Se doter d’une organisation médicale pour agir sur la performance

Dans ses relations avec les autres provinces, l’AMQ se rend compte que ceux qui réussissent à faire bouger les choses dans le bon sens sont ceux qui se prennent en main et maîtrisent leur organisation médicale dans un but de performance. C’est aussi la conclusion à laquelle arrivent les récentes études sur la rémunération des médecins, a rappelé le Dr Viens qui, « si l’on fait abstraction du bruit socio-politique qui les ont entourées, montrent clairement que la performance dans les réseaux de la santé est affectée avant tout par l’organisation médicale, et non pas par ce dont tout le monde parle : notre niveau de rémunération ou des primes mal comprises! »

L’AMQ qui s’est déjà beaucoup engagée dans le développement du leadership médical continuera dans cette voie. Elle entend aussi poursuivre sur le terrain avec ses membres la lutte contre le surdiagnostic et la surmédicalisation, mise de l’avant par l’association depuis plusieurs années. Le Dr Viens a souligné l’importance de persister à sensibiliser les médecins, les décideurs et les patients par des formations et des outils mis à leur disposition, et d’aider les leaders locaux qui se lèvent pour implanter des changements de pratique encourageant la pertinence dans leurs milieux respectifs.

Autres leaders, les médecins gestionnaires doivent être reconnus dans leurs fonctions, tant par leurs collègues médecins que par les diverses instances cliniques, administratives et gouvernementales. Le Regroupement des médecins gestionnaires de l’AMQ est un levier efficace pour continuer à les promouvoir.

Mais le chantier principal sur lequel elle veut agir maintenant sera l’organisation médicale. Actuellement, les structures rendent les médecins incapables de travailler collectivement. La communauté médicale doit pourtant apprendre à conjuguer au pluriel et l’AMQ entend faire avancer cet enjeu. Un véritable enjeu qui conduira probablement l’association à se réinventer afin de trouver les ressources nécessaires pour mener à bien cette tâche.

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