Quand un CMDP se donne le mandat d’agir contre le surdiagnostic

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En partant à la rencontre des médecins dans leur milieu, l’AMQ a pu constater que nombre de ses membres s’investissent dans l’amélioration des soins et services au quotidien. De belles initiatives voient le jour un peu partout. Certaines gagneraient à être implantées ou adaptées ailleurs, mais pour cela encore faut-il savoir qu’elles existent! 

Si vous avez mis en place un projet qui mériterait d’être connu ou si vous connaissez des collègues membres qui l’ont fait, n’hésitez pas à nous contacter à communications@amq.ca. Cela nous fera plaisir de présenter vos réussites.

Quand un CMDP se donne le mandat d’agir contre le surdiagnostic

Surdiagnostic, surmédication, surmédicalisation… nous connaissons tous maintenant les effets délétères des examens, traitements et interventions inutiles. Pas facile pour autant de changer sa pratique au quotidien. Certains milieux cependant se donnent les moyens d’améliorer la pertinence des soins. C’est le cas du CISSS de Laval, de son Comité d’optimisation et de pertinence des tests de laboratoire ainsi que de son Comité de formation médicale continue dont nous parle aujourd’hui le Dr Mark-Andrew Stefan, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive.

Depuis un peu plus d’un an, le conseil des médecins, pharmaciens et dentistes (CMDP) du CISSSS de Laval a décidé de faire de la lutte au surdiagnostic, sa priorité. Pour cela, il a commencé par élargir le mandat du Comité d’optimisation et de pertinence des tests de laboratoire.

« Les quatre départements de laboratoires qui en faisaient partie s’étaient rendu compte qu’ils ne pouvaient pas vraiment changer à eux seuls les pratiques des prescripteurs », explique le Dr Stefan. En plus des représentants des services de pathologie, microbiologie, hématologie et biochimie, le Comité comprend donc aussi maintenant des représentants de tous les départements cliniques de l’urgence à la chirurgie en passant par la pédiatrie, la médecine familiale ou l’obstétrique.

S’attaquer aux listes de tests des bilans

Ce Comité beaucoup « plus grand et représentatif » peut prendre en compte les préoccupations et les idées des prescripteurs eux-mêmes. Il a aussi gagné en poids. Devenu un incontournable grâce au pouvoir que lui a donné le CMDP, il est un levier intéressant pour améliorer la pertinence, car il intervient au cœur des procédures de décision.

On doit systématiquement faire appel à lui pour obtenir l’approbation d’un nouveau bilan, d’une nouvelle ordonnance collective ou d‘une modification dans l’un de ceux qui existent déjà. Cela permet « au moins d’éviter d’empirer le surdiagnostic », même si c’est surtout se montrer « opportuniste », souligne le Dr Stefan, puisqu’on agit « en réaction ».

Lors de ses rencontres, toutes les six semaines, le Comité s’interroge ainsi sur la pertinence des examens demandés dans ces formulaires.  « On a souvent eu à enlever des tests que l’on ne jugeait pas pertinents ou à diminuer leur fréquence. Donc déjà juste ainsi on peut avoir un effet sur le surdiagnostic », précise le Dr Stefan.

Cibler des projets prioritaires

Le Comité voulait cependant aller plus loin et être pro-actif. Il a donc décidé de cibler chaque année cinq projets jugés prioritaires qui peuvent concerner des examens de laboratoire ou d’imagerie médicale. Le Dr Stefan a par exemple en charge un sous-comité portant sur le pap-test. « Avec la pathologie, la médecine familiale, l’obstétrique-gynécologie, nous voulons regarder comment on peut diminuer la fréquence des pap-tests pour respecter davantage le calendrier recommandé par les sociétés savantes, puisque nous savons que certaines femmes continuent d’avoir inutilement des pap-tests chaque année. »

Les cinq premiers projets prioritaires ont tous été identifiés en s’inspirant de Choisir avec soin. Le comité en effectuera un monitorage pour voir « d’où l'on part, mais également si les stratégies mises en place ont changé quelque chose ».

Ce n’est en effet pas si simple de faire évoluer les pratiques. Si la formation continue est nécessaire, elle ne suffit pas et doit s’accompagner d’autres stratégies. Cela ne fonctionne pas si l’on fait un atelier ou que l’on invite un conférencier sans rien faire d’autre. Il peut aussi s’avérer nécessaire de changer les règles d’utilisation, refaire des formulaires quand ce sont eux qui suscitent le surdiagnostic, et parfois même comparer les pratiques des médecins pour pouvoir les harmoniser. « Il ne s’agit pas de nommer les médecins qui ont des pratiques aberrantes comparées aux autres. Mais on sait que les médecins détestent être les pires, car ils sont très compétitifs. Donc si on peut leur démontrer que leurs collègues font mieux qu’eux, ils se questionnent et modifient rapidement leur pratique! », souligne le Dr Stefan.

La formation

De son côté, le Comité de formation médicale continue, lui aussi chapeauté par le CMDP, a reçu le mandat de toujours « amener un focus sur la pertinence ». Ainsi dans les deux dernières années, non seulement il a organisé plusieurs formations portant en totalité sur la pertinence des soins, mais chaque atelier traitant d’autres sujets – il y a à peu près une formation chaque mois – devait aborder l’angle du surdiagnostic, en soulignant par exemple les recommandations de Choisir avec soin en lien avec le sujet, même si ce n’était pas le message principal.