Banniere AMQInfo page web Avril2018

Bandeau pageContenu AMQAction

RAPPORT SUR LE PROFESSIONNALISME

La Journée annuelle de l’AMQ a été placée sous le signe du professionnalisme. Lors de ce rendez-vous, la Dre Isabelle Samson, responsable du chantier sur le professionnalisme et de la tournée québécoise de l’AMQ, a présenté les principaux résultats qui ressortent de cette consultation.

Vous pouvez dès maintenant lire le rapport disponible sur le site web de l’AMQ ou prendre connaissance des grandes lignes du document dans le résumé suivant de la présentation de la Dre Samson.

Elle a commencé par expliquer le contexte historique et politique des relations entre la profession médicale, le gouvernement et la société. Il faut en effet comprendre que tout comme le contrat social évolue en fonction du développement collectif de la société et de ses attentes, le professionnalisme médical doit le faire aussi.

Sans un professionnalisme médical fort et partagé par l’ensemble de la communauté, les privilèges accordés à la profession médicale sont en péril.

 

rapport professionnalisme couverture 2018

Retrouver la confiance de la population

En raison de son statut particulier, la profession médicale est en effet un groupe auto-organisé en associations professionnelles, qui possède une formation scientifique standardisée, détient des valeurs morales fortes et a des responsabilités professionnelles, éthiques et légales réglementées. Cela lui donne une responsabilité sociale en plus des compétences cliniques nécessaires. Dans leur pratique, les médecins se doivent donc d’atteindre un équilibre entre l’intérêt du patient et celui de l’ensemble de la communauté. 

Or, dans les dernières années, étant donné le contexte de restriction des finances publiques et l’incapacité du système de santé à offrir un réel accès aux soins et aux services à la population, les négociations constantes entre les médecins et le gouvernement ont provoqué un grand mécontentement s’apparentant à du Dr Bashing. Cela a même amené l’expression d’une perte de confiance de la population vis-à-vis de la profession médicale. 

Et si le lien de confiance entre la population et la profession se brise, cela finira par avoir un effet néfaste sur la relation directe entre le médecin et son patient. D’où l’importance aujourd’hui, selon l’AMQ, que la profession médicale s’engage à redéfinir le contrat social, et ce, en collaboration avec la population et le gouvernement. Il faut rétablir le lien de confiance qui les unit et l’AMQ croit fermement que le professionnalisme médical est LA solution à cette crise.

 

À la recherche d’un juste équilibre

Les médecins doivent trouver un juste équilibre entre le clinique et le social et donc entre les deux pendants du professionnalisme, leur rôle de soignant et leur rôle de professionnel.

Avec la Tournée sur le professionnalisme, lancée au cours de l’automne 2017, l’AMQ entendait sensibiliser les médecins québécois à cet enjeu tout en les aidant à développer une vision commune du professionnalisme. C’était aussi l’occasion de discuter avec eux de leurs idées sur l’avenir de la profession.

rapport professionnalisme 2018

Deux constats émergent des nombreux commentaires recueillis lors des rencontres avec les médecins des différentes régions du Québec. D’abord, le rôle de soignant et celui du professionnel semblent peu intégrés chez une grande partie de la profession médicale.

Également, bien que presque tous les médecins considèrent le statu quo insoutenable, peu d’entre eux sentent être partie prenante des solutions ou des moyens à mettre en place pour entamer un changement.

S’il n’est pas possible de parler de généralisation des résultats, la forte récurrence de nombreux thèmes permet de croire que les résultats sont assez représentatifs de la profession. 

 

Le rôle professionnel dans l’angle mort du soignant

Les médecins se considèrent d’abord et avant tout comme des soignants. Le travail d’équipe, les institutions, l’autorégulation et l’autonomie clinique sont des moyens pour soutenir le rôle de soignant plutôt qu’une responsabilité professionnelle à part entière. L’effort individuel au quotidien est tellement grand pour le médecin que l’effort collectif devient difficile.

Et les médecins souffrent d’autant plus des critiques sur le manque d’accès ou les salaires élevés, qu’ils les reçoivent comme un désaveu de leurs efforts individuels.

« J’ai l’impression que j’en donne beaucoup, mais la société trouve que ce n’est pas encore assez, et c’est très décevant. »

 « Je n’ai pas jeté l’éponge pour mes patients, ça, je vais toujours continuer. Mais à un niveau plus large, c’est difficile. »

« On est à l’heure de la communication et on ne communique pas bien avec les patients. On ne parle pas à la population collectivement, c’est toujours par le biais des médias et de représentants qui ne nous ressemblent pas. »

 

Un fort sentiment d’exclusion

Il est évident pour les médecins rencontrés que le lien de confiance avec la population s’effrite de plus en plus et que la réputation de la profession médicale est durement atteinte.

Malheureusement, ils se sentent impuissants devant cette marée de critiques et ne voient pas comment être partie prenante des solutions ou des changements à mettre en place pour rétablir la relation de confiance entre la profession et la population.

Des médecins aimeraient faire quelque chose pour changer la situation, mais ne savent pas comment s’y prendre. Pour d’autres, les efforts requis semblent démesurés ou les solutions sont hors de leur portée. Également, les médecins ont l’impression que leurs actions individuelles n’auront pas beaucoup d’influence sur le reste de la profession ou qu’ils ne seront pas écoutés.

Enfin, ils se sentent exclus des solutions, et certains estiment même que les actions doivent venir d’ailleurs.

« Les médecins ont le devoir de proposer des solutions, mais on ne sait pas qui a le rôle de les écouter. »

« C’est sûr qu’on devrait être plus impliqués, mais on n’est pas toujours invités autour de la table, il paraît qu’on pose trop de questions. »

« On ne devrait pas être les seuls à porter l’odieux de la situation, pourquoi c’est à nous de rétablir notre image alors que c’est les médias et le gouvernement qui nous ont traînés dans la boue ? »

 

La lumière au bout du tunnel 

Lors de la Tournée, l’AMQ a mis de l’avant quatre pistes de solution pour que les médecins puissent passer à l’action tant dans leur pratique quotidienne qu’à propos de leur image publique : exprimer quotidiennement les valeurs du professionnalisme médical, développer et soutenir le leadership médical, maintenir la gouvernance clinique et redéfinir l’organisation médicale.

Des avenues assez positivement reçues. Presque tous les médecins ont démontré de l’intérêt à développer leur professionnalisme médical, ce qui permet à l’AMQ de croire que les efforts de sensibilisation sur ce concept ont porté leurs fruits.

En revanche, ils ont de plus en plus de mal à exprimer leur leadership sur le terrain. Parmi les médecins qui s’engagent actuellement dans des fonctions de gestion ou des initiatives de changement ou qui l’ont fait par le passé, plusieurs en sortent découragés et démobilisés en raison des obstacles à surmonter et des difficultés à faire bouger les choses.

Parmi les solutions, la gouvernance clinique semble la piste la moins pertinente pour les médecins. Il faut dire qu’elle est plus complexe à définir. Enfin, les médecins considèrent que de travailler sur une meilleure organisation médicale pourrait avoir des effets considérables sur leur pratique.

« Des groupes de médecins, des assemblées entières veulent discuter des conditions de pratique maintenant, et pas seulement des conditions de rémunération. C’est très nouveau. »

« On n’a pas été formés pour être gestionnaires, moi j’ai choisi la médecine pour être médecin, pas pour être gestionnaire. »

« Nous aurions tout intérêt à mieux former les jeunes médecins sur l’organisation/les règlements de leur hôpital, ce qui aurait un impact sur leur responsabilisation (règlements du CMDP). »

Les commentaires entendus lors des ateliers illustrent très bien l’inconfort des médecins et la difficulté de la profession à entamer les changements nécessaires.

Historiquement, la sélection, la formation et la structure de régulation des médecins ont encouragé le rôle individuel du médecin soignant, alors que les attentes de la société sont maintenant dirigées vers les médecins professionnels comme communauté. Les médecins doivent donc plus que jamais développer une vision collective de leur profession et s’engager ensemble à renouveler le contrat social.

Mais, même s’ils y croient, les médecins ne sont pas forcément prêts à s’y engager ou ils ne savent pas comment le faire. Ceux qui le font doivent être encouragés, soutenus et reconnus par la profession médicale.

Tous les médecins peuvent mettre en place collectivement des conditions gagnantes et aidantes dans leurs milieux. Ce peut être par une contribution financière qui permet à des médecins de s’acquitter des tâches de gestion, par le soutien à des associations qui représentent, défendent et font la promotion de la profession médicale, en appuyant des initiatives dans les milieux cliniques ou encore en contribuant activement à la hauteur de leur capacité.

 

 

 

 < Revenir au début