L’AMQ a choisi de faire partie de la solution

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Hugo viensEn octobre dernier, l’AMQ s’est associée avec trois organismes représentants des patients, des travailleurs et des gestionnaires. Me voir assis en conférence de presse à la même table qu’un représentant de la CSN en a surpris plus d’un. Pour beaucoup, même si je pratique encore dans le public, j’ai les deux pieds dans le privé. Cela n’a pourtant rien de surprenant. Si l’on veut avancer, il faut décider à un moment ou à un autre d’être prêt à aller plus loin dans sa réflexion.

Pour moi, aujourd’hui est ce moment. Le système de santé coûte de plus en plus cher et ce que l’on donne à l’un, on le prend à l’autre. Avec plus de 50 % des dépenses de programme consacrées à la santé, il faut renverser la vapeur. Si l’on veut garder un système de santé universel à financement étatique, tout en acceptant que l’on a des ressources contingentées, il faut oublier nos différends et trouver ensemble des solutions. L’AMQ a donc décidé pour cela de s’asseoir à la même table que la CSN.

Les discussions n’ont pas été faciles. C’est seulement maintenant que je réalise l’ampleur de la tâche qu’il nous a fallu accomplir pour réussir à nous entendre sur des pistes constructives sans se laisser arrêter par ce qui nous sépare. Cela nous a pris six mois, mais nous avons tous avancé.

À l’AMQ, nos travaux nous avaient montré depuis plusieurs années que le salariat n’est pas une solution. Nous avons démontré à nos interlocuteurs, données scientifiques à l’appui, que, comme tout mode de rémunération, le salariat a des défauts et des faiblesses. Nous sommes aujourd’hui tous d’accord pour dire qu’il faut rééquilibrer les modes de rémunération. Nous avons conscience qu’il faut le faire de façon constructive et autour d’une table où les médecins pourront intervenir. Ces derniers doivent s’engager pour que la modification des incitatifs financiers soit efficiente et pour que la prise en charge des patients soit liée à la responsabilité populationnelle.

D’un autre côté, si l’on veut vraiment améliorer la prise en charge des patients vulnérables et notamment des personnes âgées, tous les acteurs du réseau doivent accepter une certaine coordination des soins et services. Les GMF ne sont pas en mesure de prendre en charge la totalité des soins à domicile pour favoriser et prolonger l’autonomie des aînés. Il en va de même des services de réadaptation, des services en santé mentale ou des services de sages-femmes. Tout en continuant à soutenir les GMF, il faut aussi mieux appuyer les CLSC et ceux qui y pratiquent.

D’autres enjeux doivent être réglés. On veut tous améliorer la première ligne. Mais pour cela il faut s’assurer que l’organisation des soins et services favorise la pleine participation des patients et de tous les intervenants du réseau. Cela veut dire mettre la priorité sur une pratique interdisciplinaire en élargissant et précisant les champs de compétence de chacun, dans une optique de complémentarité. Si l’on veut une prévention efficace, capable d’agir sur les déterminants sociaux de la santé, il faut se donner les moyens de financer la santé publique et accroître les efforts de promotion des saines habitudes de vie. Un débat élargi incluant les dirigeants, les représentants des équipes de soins et les patients s’impose par ailleurs pour mettre en place une gouvernance indépendante, transparente et imputable. Enfin, l’absentéisme au travail, notamment pour maladie et épuisement professionnel, atteint des niveaux alarmants. Il faut donc s’assurer que l’on offre un milieu de travail sain et de bonnes conditions de travail et de pratique.

conference 15 solutions en santeEnsemble, l’Alliance des patients pour la santé, l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, l’Association médicale du Québec et la Confédération des syndicats nationaux, nous proposons 15 solutions. Il faut voir au-delà de l’image d’une association de médecins ou de celle d’un syndicat de travailleurs. Nous avons simplement tous pris conscience que l’on est à la croisée des chemins. À la lecture de nos propositions, plusieurs autres organismes ont choisi à leur tour de les appuyer. Le mouvement que nous avons lancé plaît. Il est aussi la preuve qu’il faut penser collectivement et non plus comme auparavant en silo. Il n’y a pas d’alternative.

Le gouvernement veut équilibrer ses comptes. Il ira chercher là où l’argent se voit, dans nos poches. Et ce, même si cet argent, le fruit de nos efforts, est légitimement gagné.

Les médecins ont le choix d’être la cible ou d’être les leaders du renouveau. Or, seule une approche non partisane permettra de venir à bout d’enjeux aussi complexes que ceux de la santé. On a déjà fait la preuve au Québec que quand on veut, on peut travailler ensemble. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, personne n’aurait pu imaginer qu’un patient en fin de vie aurait pu demander à son médecin de l’aider à abréger sa vie. L’aide médicale à mourir est pourtant accessible aujourd’hui au Québec. Pour en arriver là, l’AMQ et d’autres organismes, les députés au pouvoir et dans l’opposition, les médecins, les citoyens, les juristes et les patients ont accepté de collaborer pour le bien commun de tous.

L’AMQ n’a pas choisi d’effectuer un virage à gauche. Elle a décidé de faire partie de la solution. Je vous invite à faire votre choix à votre tour, à travailler avec l’AMQ et avec les autres acteurs du réseau de la santé.

Le président,

Dr Hugo Viens, B. Sc., M. D., FRCSC