Une tournée pour aller à votre rencontre

Entrevue avec Isabelle Samson, vice-présidente du CA de l’AMQi samson

L’AMQ, qui rassemble près de 11 000 membres, est la seule association professionnelle à donner une voix à l’ensemble de la profession médicale. À la demande de son conseil d’administration et avec un comité ad hoc, la vice-présidente, la Dre Isabelle Samson, a mis sur pied une tournée de formation et consultation portant sur le professionnalisme. À l’AMQ, en raison des travaux que nous avons effectués depuis 2013, nous croyons en effet fermement que le professionnalisme médical est LA solution à la crise que vit la profession médicale. 

Pourquoi l’AMQ a-t-elle organisé cette tournée?

Dre Isabelle Samson : L’AMQ travaille depuis plusieurs années sur l’enjeu du professionnalisme. En 2015, nous avions produit un mémoire, mené un sondage d’envergure et organisé un congrès sur le thème du contrat social. Nous vivons actuellement un moment charnière comme profession, car nous sommes dans un contexte où le rapport entre la population et les médecins est en mouvement. L’AMQ a voulu aller consulter les médecins et poursuivre la réflexion avec eux. Le but est de pouvoir dresser un tableau de la perception qu’ils ont du professionnalisme et de discuter avec eux de leurs idées pour que l’avenir de la profession soit florissant.

Pourquoi est-ce important de consulter les médecins québécois sur le professionnalisme? 

I. S. Il est primordial d’aller chercher sur le terrain le vécu des médecins afin d’en apprendre plus sur les défis qu’ils rencontrent, mais aussi de mieux connaître leurs forces. Dans plusieurs régions, des médecins ou des groupes de médecins utilisent leur leadership pour faire bouger les choses. Nous savons que le potentiel du leadership médical est très grand et en allant à la rencontre des médecins, l’AMQ veut en apprendre plus sur les solutions et les expériences menées un peu partout, afin de pouvoir collecter et utiliser cette information pour faire avancer le professionnalisme à une plus grande échelle. La tournée permet donc aussi de savoir dans quel sens les médecins demandent que l’AMQ avance.

En quoi est-ce urgent d’agir?

I. S. Dans le contexte actuel, les médecins doivent s’engager et assumer leur leadership professionnel. Dans les dernières années, la profession médicale a été régulièrement prise à partie par les médias en raison notamment des difficultés d’accès dans le système de santé. Si nous voulons maintenir notre autonomie et mettre fin à la cascade d’interventions gouvernementales à laquelle nous sommes confrontés, nous devons, en tant que profession, faire preuve de leadership et de professionnalisme.

Comment le professionnalisme peut-il aider à améliorer le système de santé?

I. S. Via la gouvernance clinique. Notre profession doit valoriser le leadership afin que nous puissions avoir une meilleure gouvernance clinique à tous les niveaux du système de santé. La gouvernance clinique est en effet incontournable. C’est elle qui permet que les décisions soient plus cohérentes avec les besoins des patients et des soignants, mais aussi qu’il y ait une cogestion tangible entre les différents échelons décisionnels. Et il ne faut pas négliger l’échelle locale, où le leadership de chaque médecin est une des clés pour améliorer les services et les pratiques. Au bout du compte, c’est l’ensemble des leaders, en faisant avancer le professionnalisme à tous les niveaux, qui permettront de mieux répondre aux besoins de la population.

Qu’est-ce que les médecins ont à gagner en misant sur le professionnalisme au quotidien?

I. S. Si le lien de confiance entre la population et la profession se brise, cela finira par avoir un effet néfaste sur la relation directe entre le médecin et son patient. La confiance est essentielle à l’exercice de la médecine, or il y a eu dans les dernières années une érosion de cette confiance. En 2003, 70 % des Canadiens estimaient que les médecins étaient dignes de confiance. En 2013, seulement 46 %. C’est une baisse de 24 % en 10 ans. Pour l’instant, cela ne semble pas affecter le lien de confiance direct entre le médecin et son patient, mais il est urgent d’agir pour rétablir la confiance.

Pourquoi les médecins devraient-ils participer à la tournée?

I. S. Lors des sessions que j’ai animées, plusieurs médecins m’ont dit n’avoir jamais eu la chance de parler d’enjeux de la sorte que ce soit au niveau académique ou après. Dans nos milieux, lorsque nous prenons le temps de nous asseoir pour discuter et réfléchir, c’est autour d’enjeux cliniques, pas organisationnels. Avec cette tournée, les médecins peuvent réfléchir à la façon de mieux prendre leur place et comment mieux s’organiser entre eux. Tout cela fait partie du professionnalisme et c’est essentiel d’avoir ces échanges dans le contexte actuel si nous ne voulons pas que d’autres décident pour nous. Enfin, c’est une expérience vraiment enrichissante à la fois pour les participants et pour l’association.