Le milieu politique s’invite à Preventing Overdiagnosis

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2 ministre députéLors de son discours d’ouverture de la conférence, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a reconnu l’enjeu du surdiagnostic et ses effets sur le système de santé du Québec. « Il n’y a aucun doute qu’il y a du surdiagnostic, des procédures qui sont effectuées et qui ne le devraient pas », a-t-il dit. Il admet aussi « que des sommes d’argent pourraient être utilisées différemment ». En 2014, l’AMQ avait chiffré ce gaspillage à 3 milliards de dollars, en se basant sur des études qui ont été confirmées depuis. Le ministre évalue plutôt ce montant à 650 millions de dollars, puisqu’il ne prend en compte que les procédures inutiles en elles-mêmes et non leurs conséquences. « Ces 650 millions correspondent exactement aux coupures qui ont été faites au cours des trois dernières années dans le système de santé. Ces bouleversements du réseau auraient pu être évités si le réseau s’était attaqué plus tôt au phénomène du surdiagnostic », lui a répondu par voie de communiqué le président de l’AMQ, le Dr Hugo Viens.

Le ministre a toutefois reconnu qu’il y a des économies à faire. Pour y arriver, il estime qu’« il faut changer les comportements ». Un changement qui doit venir du corps médical lui-même. C’est pourquoi il a besoin d’une collaboration avec l’AMQ, une association « neutre », « non-politicienne » et « qui peut rejoindre sur le terrain à la fois les médecins de famille et les spécialistes pour engager une conversation ». Le ministre estime en effet que cela prendra de la persuasion pour réussir à convaincre tout le monde « d’avoir une structure organisationnelle permettant le maintien de la qualité de l’acte en continu et la promotion des bonnes pratiques ».

Il faut, en effet, être en mesure de promouvoir la diffusion de bonnes informations solides et l’acceptation d’avoir des pratiques basées sur des données probantes. « Ce n’est pas simple, mais ça se fait. Ça commence par un petit groupe qui devient un moyen groupe qui devient un grand groupe. Et on en est là », a souligné M. Barrette avant de conclure qu’il allait aussi falloir engager les patients. 

L’AMQ a bien entendu accepté la main tendue du ministre. Elle attend cependant de voir de quelle façon il entend concrétiser ses souhaits de collaboration.

La position de l’opposition

Diane Lamarre, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé et d'accessibilité aux soins, a assisté à la conférence et en a profité pour rencontrer les journalistes. Elle doute de la volonté réelle du ministre d’agir. Selon la députée péquiste, il existe déjà des données solides à propos de plusieurs traitements et tests. « Avec Choisir avec soin on a maintenant des lignes directrices de traitements qui disent aux médecins ce qu’il faut prescrire. Pourquoi on n’aurait pas des lignes directrices de traitements pour dire ce qu’il faut arrêter de prescrire, que ce soit des tests, des tests de laboratoire, de l’imagerie médicale ou des médicaments », a-t-elle notamment déclaré.

Pour elle, le Québec a pris beaucoup de retard alors qu’il était à l’avant-garde dans ce dossier en 2013 grâce au travail de l’AMQ. L’Alberta et le Manitoba ont déjà réussi à diminuer de façon significative les tests, et ce, de façon consensuelle avec les médecins. « Qui est responsable de gérer le budget de la santé? demande Mme Lamarre. C’est le ministre. Oui, cela doit se faire en collaboration avec les médecins, mais l’initiative, c’est au ministre de la prendre, de rassembler les gens et de dire qu’il veut atteindre ces cibles-là rapidement. »

La politicienne reproche aussi au ministre d’avoir aboli le Commissaire à la santé et au bien-être qui pouvait faire des suivis sur les pratiques actuelles. « Les rapports du Commissaire nous permettaient d’avoir des indications de surutilisation de médicaments, de mauvaise utilisation de tests. Et il a aboli ça pour deux millions de dollars alors qu’il y a des millions de dollars à économiser. »