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En partant à la rencontre des médecins dans leur milieu, l’AMQ a pu constater que nombre de ses membres s’investissent dans l’amélioration des soins et services au quotidien. De belles initiatives voient le jour un peu partout. Certaines gagneraient à être implantées ou adaptées ailleurs, mais pour cela encore faut-il savoir qu’elles existent! 

Si vous avez mis en place un projet qui mériterait d’être connu ou si vous connaissez des collègues membres qui l’ont fait, n’hésitez pas à communiquer avec l'AMQ. Cela nous fera plaisir de présenter vos réussites.

Quand soigner sans nuire devient une vocation

MEMBRE RenéWittmerDès ses études en médecine, le Dr René Wittmer, aujourd’hui formateur au programme Pour une pratique éclairée : une utilisation judicieuse des examens et des traitements*, s’est interrogé sur les dessous du surdiagnostic. Alors qu’il effectuait des stages de santé communautaire, il a été marqué par des discussions sur l’importance de l’approche populationnelle et de la nécessité de comprendre qu’étant donné les ressources limitées, il faut qu’elles aillent au bon endroit, pour les bonnes personnes, au bon moment. « Cela m’a amené à faire des lectures avec des collègues sur certains programmes de dépistage pour voir la force des données qui les sous-tendaient. » Des lectures qui lui ont permis de constater que le surdiagnostic est inhérent au dépistage systématique. Sensibilisé à cet enjeu complexe, il a décidé de s’informer plus en profondeur et de voir comment, dans sa pratique quotidienne, il pouvait réduire ses effets négatifs.

Médecin de famille en CLSC et GMF-U, le Dr Wittmer enseigne aux résidents et aux externes. Il a une pratique variée avec du suivi clientèle en bureau, des soins à domicile, des cliniques ITSSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) et de l’hospitalisation à l’hôpital Notre-Dame.

Voulant s’engager pour lutter contre les problématiques du surdiagnostic et de la surmédicalisation, c’est tout naturellement qu’il a voulu vérifier si le programme mis en place par l’Association médicale du Québec (AMQ) et le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) pouvait répondre à ses besoins et à ses aspirations. 

De participant à facilitateur

En participant à un atelier, il a rapidement compris qu’il se reconnaissait dans cette formation. « Je trouve que les messages sont pertinents et ce sont ceux que j’essayais déjà de véhiculer dans ma pratique et de transmettre à mes résidents en clinique. Encore aujourd’hui ce sont les messages que j’utilise au quotidien », explique-t-il.

Selon lui, le programme Pour une pratique éclairée est vraiment à part, parce qu’il donne accès à des outils concrets, mais aussi parce que les formateurs qui les animent sont avant tout des facilitateurs.  « Beaucoup des messages que les participants retiennent viennent des discussions qu’ils ont entre eux », précise le Dr Wittmer. Les animateurs sont quant à eux surtout là pour faciliter la discussion et apporter des données probantes : « les participants tirent d’eux-mêmes leurs propres conclusions », ajoute-t-il. L’idée est en effet d’amener les gens à réfléchir sur leur pratique et à voir comment il leur est possible de freiner le surdiagnostic et la surmédicalisation.

« C’est extrêmement concret », raconte le Dr Wittmer. Au cours de la journée, les participants découvrent des études de cas à partir desquelles ils peuvent réfléchir à la façon d’utiliser certains outils dans une situation donnée et des façons de composer avec les obstacles qui peuvent se dresser au quotidien.

Des outils qui permettent d’adopter de nouvelles façons de faire

Comme la grande majorité des médecins, des résidents et des autres cliniciens qui participent à ce programme, le Dr Wittmer a adopté de nouvelles façons de faire (voir les résultats du sondage des participants à la formation). « J’avais des notions sur le surdiagnostic et de comment le freiner, mais je manquais d’outils pour le faire dans ma pratique et y arriver dans un temps restreint », explique-t-il. Avec la formation, il a découvert comment intégrer des outils d’aide à la décision partagée dans sa pratique quotidienne, notamment des outils d’aide à la décision clinique et à la décision partagée avec les patients.

« J’utilise tous les jours, les outils du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs », souligne le Dr Wittmer. Ce regroupement canadien, ciblé sur la prévention et le dépistage, fait des revues de littérature et des recommandations pour la première ligne par des cliniciens de première ligne. Leurs outils d’aide à la décision pour le dépistage de différents cancers sont entre autres extrêmement bien faits et vulgarisés. »

Le médecin de famille utilise aussi le calculateur de risques cardiovasculaires mis en ligne par James McCormack et dont la version francophone a été réalisée avec l’aide de la Dre Guylène Thériault, membre du conseil d’administration de l’AMQ. Professeur à la faculté des sciences pharmaceutiques de l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, James McCormack est un ardent défenseur de l’usage optimal des médicaments et de la médecine basée sur des données probantes.

Son calculateur permet d’estimer le risque de maladies cardiovasculaires à l’aide de schémas, de bonshommes sourire et de bonshommes tristes. Il permet aussi de visualiser facilement les bénéfices et les risques d’un traitement médicamenteux en fonction des données personnalisées d’un patient.

« On sait que les statines sont une classe de médicaments très fréquemment prescrite pour le cholestérol, et la force de cet outil est qu’il permet, en temps réel, de comparer l’efficacité d’un traitement médicamenteux, mais aussi de voir quelle est cette efficacité en comparaison avec l’absence de traitement ou des alternatives comme l’arrêt tabagique, une approche diététique ou l’augmentation de l’exercice physique. »

Autre avantage, le calculateur montre aussi aux patients que certaines approches comme la prise d’aspirine ou de suppléments de vitamines n’ont pas de bénéfices dans leur cas. « Je tourne mon écran et je le montre à mon patient. On peut calculer ensemble quelle serait l’intervention qui aurait le plus grand bénéfice sur sa santé cardiovasculaire et il le voit en temps réel », explique le Dr Wittmer.

Une conférence internationale pour agir

Cet été, le médecin a participé avec la Dre Guylène Thériault à la 6e conférence internationale sur la prévention du surdiagnostic Preventing Overdiagnosis, qui se déroulait à Copenhague du 22 au 22 août 2018 (lire article Surdiagnostic et surmédicalisation : des données à la réduction). Il a été impressionné de découvrir « cette communauté dont je ne connaissais pas l’existence et de voir que cet intérêt n’est pas seulement chez nous, mais est mondial. Les gens s’entendent pour dire que c’est un problème majeur dans nos systèmes de santé et qu’il faut agir. »

Si les enjeux semblent les mêmes dans les différents pays, cela reste important selon lui de pouvoir quantifier ces problèmes que l’on sait tous présents si l’on veut pouvoir agir. « On sait par exemple que les maux de dos, qui sont une des raisons les plus fréquentes de visites chez le médecin, sont rarement des pathologies où il faut agir puisque ce sont des problèmes en général autorésolutifs. Mais grâce à des études que les participants ont menées dans leurs milieux, on a pu voir des données qui montrent que les opiacés qui ne sont généralement pas recommandés en aigu sont pourtant surutilisés, de même qu’il y a une surutilisation des ressources hospitalières pour ce genre de problématique. »

*Le programme Pour une pratique éclairée : une utilisation judicieuse des examens et des traitements est offert au Québec grâce à une collaboration entre l’Association médicale du Québec (AMQ) et le Collège québécois des médecins de famille (CQMF). Ce programme a été développé par l’Ontario College of Family Physicians (OCFP)

 

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