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En partant à la rencontre des médecins dans leur milieu, l’AMQ a pu constater que nombre de ses membres s’investissent dans l’amélioration des soins et services au quotidien. De belles initiatives voient le jour un peu partout. Certaines gagneraient à être implantées ou adaptées ailleurs, mais pour cela encore faut-il savoir qu’elles existent! 

Si vous avez mis en place un projet qui mériterait d’être connu ou si vous connaissez des collègues membres qui l’ont fait, n’hésitez pas à communiquer avec l'AMQ. Cela nous fera plaisir de présenter vos réussites.

La Dre Ak'ingabe Guyon et ses deux millions de patients 

Akingabe Guyon photoMembre de l’AMQ, la Dre Ak'ingabe Guyon s’est vue décernée récemment le Prix de la présidente des Médecins de santé publique du Canada. Une reconnaissance en partie due à son militantisme pour défendre la santé publique. En 2015, elle n’a pas hésité à se rendre jusqu’à l'Assemblée nationale pour manifester son désaccord au sujet des coupures de 33 % effectuées dans les budgets des équipes régionales de santé publique.

Professeure adjointe de clinique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal et médecin-conseil à la Direction de santé publique de Montréal où elle travaille depuis 2013, la Dre Guyon ne pouvait accepter que l’on affaiblisse autant les équipes qui sont le cœur de la santé publique. « On n’a pas de grandes machines, de scanneurs ou de médicaments coûteux, nos traitements sont à la mesure des partenariats, des liens, des influences qu’on arrive à faire », explique-t-elle. Si l’on sabre dans ces équipes multidisciplinaires où se côtoient médecin, épidémiologistes, nutritionniste, sociologue, démographes etc., on est moins bien armés pour gagner des batailles qui peuvent se transformer, 10 ou 15 ans plus tard en succès retentissants avec les résultats les plus spectaculaires en termes de santé.

Les travaux des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis montrent en effet que sur les 30 années d’espérance de vie gagnées depuis 100 ans, 25 sont dues à la prévention contre seulement cinq pour les soins curatifs! « Des effets assez formidables et gigantesques pour en faire un impératif », dit-elle, que ce soit à titre personnel puisque c’est pour cette raison qu’elle a choisi cette spécialité, mais aussi pour les populations en général puisque cela fait une différence vraiment significative sur la santé des gens. 

Renforcer la capacité du Québec en santé publique

Encore aujourd’hui, la Dre Guyon est persuadée que les coupes de 2015 vont continuer d’avoir des effets négatifs au cours des prochaines années. « On peut comparer cela à une amputation sévère, du tiers du corps. Alors oui, le reste du corps a continué à fonctionner et se répare doucement, mais cela ne peut pas passer inaperçu. » Pour elle, pas de doute, le Québec doit amorcer un rattrapage avec les autres provinces canadiennes pour renforcer sa capacité de santé publique.

Selon le Commissaire à la santé et au bien-être, le Québec finance présentement sa santé publique à 2,8 % alors que la moyenne canadienne serait à 5,5 %. Impossible ainsi d’être le phare que la province a déjà été en santé publique. Et impossible d’être aussi efficaces qu’on le devrait. « On a des pistes d’action, des interventions, connues, probantes qui réduisent réellement la maladie évitable et la mortalité évitable. Mais étant donné les coupes et les désinvestissements depuis 2011, les équipes n’arrivent pas à fournir la dose. La dose étant l’équipe elle-même », explique la Dre Guyon. Bref, on a une assez bonne idée de ce qui peut être fait, doit être fait ou continuer à être fait, mais il est impossible de le faire suffisamment.

Le Québec a déjà été envié par les autres provinces canadiennes en raison de ses capacités en santé publique et de ses interventions considérées comme les plus innovantes au pays. La Dre Guyon se veut cependant optimiste et espère que dans les prochaines années « l’on pourra regagner cela, au bénéfice de tous ». Elle estime que la campagne électorale de l’automne a été très encourageante. « C’est un gouvernement qui a reconnu que la santé publique et le travail en prévention sont gagnants », souligne-t-elle. Et elle a gardé sous la main plusieurs citations de François Legault au cas où le nouveau gouvernement ne tienne pas ces engagements en matière de santé publique.  

Contrer les effets des changements climatiques et les inégalités sociales

Car, évidemment, le besoin de prévention est là pour rester. Le pire serait même à venir avec les changements climatiques et les inégalités sociales qui croient. Deux enjeux qui ont bien sûr des effets néfastes sur la santé puisqu’ils génèrent « de la maladie et de la mortalité qui peuvent être évitées ».

D’où l’importance pour les médecins de continuer à défendre la santé en général et la santé publique en particulier. Pour elle, il est clair que les médecins sont « d’excellents relais de ce qu’ils voient chez leurs patients tous les jours. Les médecins sont des soignants, mais aussi des témoins de choses qu’ils voient pour un plus grand groupe. » Ils peuvent donc témoigner des difficultés qu’ont leurs patients et ils sont bien placés pour expliquer que si certains de leurs patients sont malades, c’est parce que ce qui aurait dû être fait en amont ne l’a pas été. Les médecins doivent donc s’engager pour défendre la santé, non pas de leurs patients individuellement, mais d’un ensemble de patients et faire valoir quand c’est nécessaire ce à quoi leurs patients devraient avoir droit pour améliorer leur santé. La Dre Guyon appelle les médecins à intervenir en ce sens dans les instances démocratiques comme le protecteur du citoyen, le vérificateur général ou des comités d’usagers, et ce, malgré la fatigue et la charge de travail déjà si exigeante dont elle a bien conscience.

Le système de santé doit générer de la santé, pas seulement donner des soins

De son côté, avec deux millions de patients sur l’île de Montréal… la Dre Guyon se trouve en droit d’aller jusque sur la place publique pour défendre la prévention! Comment ? En rappelant à la population qu’elle est en droit de « demander que son système de santé lui livre de la santé ». Livrer des soins pour traiter la maladie est une chose, mais le réseau de la santé en partenariat avec tous ses partenaires de la ville, les organismes communautaires et la société en général devrait aussi être en mesure de « générer de la santé ». Elle juge aussi qu’il est essentiel de rendre visible « les succès incroyables » que l’on peut obtenir quand on agit en prévention, sans oublier « d’honorer le travail de prévention clinique des médecins, des infirmières, des sages-femmes, des inhalothérapeutes, etc ».

La santé publique n’est peut-être pas glamour, mais elle est efficace, et pour qu’elle le soit encore plus il faut que le système de santé aide les professionnels de la santé à livrer de la prévention clinique, « c’est-à-dire du counseling, de l’immunisation, du dépistage et toutes des actions probantes qui génèrent à leur mesure plus de santé. C’est important pour moi de faire écho à ce que mes collègues cliniciens font déjà en prévention clinique et de dire sur la place publique que s’ils veulent le faire davantage il faut que le système de santé puisse les soutenir aussi. »

 
C’est quoi la prévention clinique ?
Selon le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs, la prévention clinique s’articule autour de quatre champs : la vaccination, le dépistage, le counseling et les traitements préventifs, par exemple la chimio prophylaxie ou des traitements prescrits à un partenaire dont le conjoint ou la conjointe a une maladie sexuellement transmissible.
 

 

 

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