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La spirale des nouvelles technologies

adam headshotMédecin spécialiste en médecine interne générale et entrepreneur en technologie de la santé, le Dr Adam Hofmann s’est joint au conseil d’administration de l’AMQ en avril 2018. Il est le créateur d’une application Web et mobile qui permet aux médecins de communiquer plus efficacement. Il écrit aussi régulièrement dans les médias anglophones sur les effets des technologies en santé. L’AMQ-info est donc allé à sa rencontre pour essayer de comprendre la difficile relation des médecins québécois avec les nouvelles technologies. Difficile de comprendre pourquoi, à une époque où tout le monde à plus ou moins adopté les cellulaires, les transactions en ligne et possèdent des objets connectés, une partie des médecins québécois hésitent encore à migrer vers des dossiers médicaux électroniques.

Le Dr Hofmann reconnaît qu’il y a là en effet un paradoxe : « c’est vrai que les médecins sont en général des gens qui ont un grand intérêt pour la science et les innovations. Il suffit de voir avec quelle facilité ils composent au cours d’une carrière avec les nouveautés pharmacologiques ou les avancées génétiques. Mais ils ne sont pas forcément à la hauteur en matière de communication ou de diffusion de l’innovation. » Il faut dire que la plupart au Québec sont pris dans des milieux sur lesquels ils n’ont pas vraiment de contrôle. C’est en effet en général le réseau public de santé qui fournit aux médecins leur environnement de travail. « L’exemple le plus criant est que nous utilisons encore des fax pour nous envoyer des demandes de consultation entre médecins : une technologie des années 90 qui n’est ni sécuritaire, ni efficace! », regrette le Dr Hofmann.

Sortir du paradoxe informatique québécois en santé

Mais selon lui, pour passer à autre chose, il faudrait que le gouvernement « mette la pression » sur les médecins tout en les soutenant afin qu’ils intègrent les nouvelles technologies existantes. « Si on leur donne les outils, ils finiront par les absorber dans leur pratique quotidienne lorsqu'ils réaliseront, entre autres, qu'ils sont plus sécuritaires, plus efficaces et leur font gagner du temps », explique-t-il.

On peut néanmoins se demander pourquoi c’est si long au Québec, alors que plusieurs autres provinces canadiennes ont des réseaux publics beaucoup plus informatisés, avec des dossiers électroniques fonctionnels depuis plusieurs années. « Si on est honnêtes, on doit reconnaître que les susceptibilités sont moindres entre les autres provinces canadiennes ou avec les États-Unis. Il est donc plus facile de faire adopter en Colombie-Britannique ou en Ontario, une technologie développée en Alberta par exemple. Mais il y a aussi tout simplement moins de canaux de communication pour la diffusion de nouvelles technologies entre le Québec et l'extérieur, en grande partie à cause de la barrière de la langue », rappelle le Dr Hofmann.

Alors oui, pour lui, on peut se lamenter que le Québec est trop lent en matière d’innovation. Mais on peut aussi décider que c’est une occasion à saisir puisque cela devrait nous permettre d’éviter certaines erreurs de ceux qui nous ont précédés et de bâtir de meilleurs systèmes. « Nous avons la chance de pouvoir capitaliser sur cela, alors faisons-le », recommande le Dr Hofmann. Les États-Unis sont très en avance sur nous en matière de dossiers électroniques médicaux et pourtant nos voisins continuent de découvrir des effets inattendus à leur intégration dans leurs milieux de pratique, comme le raconte très bien le Dr Atul Gawande dans une incontournable chronique écrite pour le The New Yorker, Why Doctors Hate Their Computers. Le dossier médical électronique est maintenant bien plus qu’un simple outil à la disposition du médecin pour le suivi de ses patients. Les hôpitaux s’en servent pour améliorer la pertinence et la qualité des soins, la sécurité des patients, le suivi des protocoles et des bonnes pratiques, définir les besoins populationnels d’un territoire, etc. Cela ne se fait pas sans heurts puisque le médecin voit accroître ses tâches de bureau pour entrer des données informatiques et alourdit d’autant sa pratique. Des études montrent d’ailleurs que c’est l’un des facteurs de l’augmentation de l’épuisement professionnel chez les médecins américains depuis 2014. Plusieurs hôpitaux ont déjà développé des solutions organisationnelles et technologiques à ces nouveaux défis, mais de plus en plus de personnes comprennent que le travail d’adaptation est un éternel recommencement.

Multiplication des nouvelles technologies

Et cela va également être un des enjeux de l’intelligence artificielle. C’est une technologie encore balbutiante et il va être primordial de bien en évaluer les bénéfices possibles, mais aussi les autres effets, rappelle le Dr Hofmann pour qui il est évident qu’il va y avoir des ratés et que nous allons devoir apprendre à toujours garder les médecins et les patients dans l’équation.

Est-il pour autant possible d’ignorer l’intelligence artificielle ou les objets en santé connectés qui se multiplient? Non répond-il. Il existe déjà des solutions qui ont fait leurs preuves. Au printemps dernier, une étude a démontré qu’un système d’intelligence artificielle, plus précisément, un réseau neuronal convolutif, pouvait se révéler plus efficace que des dermatologues pour reconnaître des lésions de la peau et des grains de beauté. D’autres avancées du même genre ont eu lieu en radiologie, en pédiatrie, etc. 

Nous sommes embarqués dans une spirale innovante sans fin et il est maintenant impossible de reculer sous peine de ne plus être en mesure d’offrir aux patients les soins auxquels ils sont en droit de s’attendre. Les médecins doivent donc apprendre à composer avec ces avancées pour qu’elles deviennent complémentaires à leur pratique.

 

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