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En partant à la rencontre des médecins dans leur milieu, l’AMQ a pu constater que nombre de ses membres s’investissent dans l’amélioration des soins et services au quotidien. De belles initiatives voient le jour un peu partout. Certaines gagneraient à être implantées ou adaptées ailleurs, mais pour cela encore faut-il savoir qu’elles existent! 

Si vous avez mis en place un projet qui mériterait d’être connu ou si vous connaissez des collègues membres qui l’ont fait, n’hésitez pas à communiquer avec l'AMQ. Cela nous fera plaisir de présenter vos réussites.

Faut-il revoir l’organisation des soins aux aînés ?

Stéphane LemireD’ici 2031, on estime que le Québec comprendra plus de deux millions de personnes de 65 ans et plus. Si le système de santé québécois veut être en mesure de prendre en charge la santé de ses aînés, il doit se transformer. Alors que le gouvernement fédéral vient de nommer Mme Filomena Tassi, Ministre des Aînés (lire l’article Une nouvelle ministre pour les aînés au Canada), au Québec on mise sur le maintien à domicile des aînés avec une première politique gouvernementale sur le vieillissement : Vieillir et vivre ensemble, chez soi, dans sa communauté, au Québec.

Pourtant, selon certains, la façon dont on pratique la gériatrie au Québec pourrait être bonifiée afin d’offrir aux aînés des services en santé plus appropriés. Gériatre et membre de l’AMQ, le Dr Stéphane Lemire, par exemple, a essayé pendant deux ans une nouvelle approche avec la gériatrie sociale. Pour lui, il existe « des lacunes dans l’organisation des soins aux aînés, notamment le manque de proximité des services dans les communautés. »

Vers plus d’autonomie décisionnelle des aînés

Avec la gériatrie sociale, le Dr Lemire estime que l’on maximise l’autonomie des personnes. Elle permet en effet d’intégrer les soins médicaux dans une approche globale de la santé de l’aîné avec des composantes de prévention, de diagnostics et l’établissement d’un plan de réhabilitation au besoin. Or, si les services actuels recoupent une partie de cela, ils n’offrent pas tout et surtout pas nécessairement dans le respect inconditionnel de la volonté des aînés. La gériatrie sociale, elle, permet de ne pas juste tenir compte de l’autonomie fonctionnelle, mais aussi de l’autonomie décisionnelle.

« J’ai vu plusieurs personnes qui avaient des problèmes iatrogéniques, causés par une approche biomédicale traditionnelle dans laquelle on vise des chiffres de pression par la médication sans prendre en compte la qualité de vie », explique le Dr Lemire.

Donner des soins aux aînés ne consiste pas seulement à redonner la santé aux patients, que ce soit en diminuant les symptômes de certaines maladies, ou en améliorant leur autonomie, mais aussi à faire un suivi en matière de qualité de vie et de participation sociale quand ils retournent chez eux. Dans un milieu communautaire, un patient va faire des activités, entrer en contact avec des gens et être en mesure de se rebâtir un réseau. « Il y a beaucoup d’isolement, de solitude chez les personnes aînées, et les prendre en charge ne consiste pas seulement à ajuster leurs médicaments ou faire appel à un ergothérapeute pour les évaluer, mais aussi parfois de donner un sens à leur vie », précise le Dr Lemire.

De l’importance de la proximité des soins

Un des fondements de la gériatrie sociale est la proximité des intervenants avec les aînés et le recours à toute une équipe interdisciplinaire traditionnelle, avec des physiothérapeutes, des ergothérapeutes, des travailleurs sociaux, etc., qui les suivent. Trop souvent, dans notre réseau de santé, on dirige les personnes âgées vers des ressources en fonction de leur niveau de santé ce qui les force à s’adapter à de nouveaux soignants et des équipes dont ils ne comprennent pas toujours le fonctionnement.

Les intervenants communautaires connaissent bien les personnes et souvent ils les ont vus développer des maladies chroniques, être hospitalisés, retourner à la maison, subir une perte d’autonomie, etc. Toute cette connaissance est importante et rien ne peut la remplacer : « Quand on n’a pas d’ancrage dans la communauté, comme médecin, que ce soit en gériatrie ou en gériatrie sociale, on manque tout ce savoir », souligne le Lemire.

Pendant deux ans, cette approche a été utilisée dans un centre communautaire de la Basse-Ville de Québec, dans le quartier Saint-Roch, et cela s’est révélé très concluant. Mais l’expérience a tourné court, faute d’avoir trouvé un moyen pour arrimer la gériatrie sociale à une structure existante dans le réseau.

« Il y a plusieurs obstacles financiers à l’implantation de la gériatrie sociale. Elle ne peut pas être soutenue que par la communauté, donc il doit y avoir un certain partage de ressources avec le service public, sans pour autant que le réseau public prenne le contrôle absolu de ces services », précise Élie Belley-Pelletier, le directeur général de la Fondation AGES qui participait au projet lancé par le Dr Lemire.

Des enjeux spécifiques

Les deux hommes sont donc retournés à leur table à dessin. « L’idée reste d’amener l’expertise de la gériatrie dans la communauté. Tout le monde est d’accord sur la nécessité de rapprocher les soins des personnes dans les milieux de vie », relate le Dr Lemire. Ainsi, cette fois, le gériatre veut se concentrer sur une dyade médecin-infirmière pour amener l’expertise gériatrique dans la communauté.

Pour toutes sortes de raisons, notamment la peur d’attraper des maladies ou de se faire placer, mais aussi parfois parce qu’elles ont reçu des services qui ne correspondaient pas réellement à leur réalité, les populations vulnérables consultent plus tard « quand la situation est pire ». En étant dans leur milieu de vie, cette dyade serait en contact avec les intervenants, une proximité nécessaire puisque « ce sont souvent eux qui préviennent que telle ou telle personne a changé », explique le Dr Lemire.

Autres enjeux des soins aux aînés: le nombre de gériatres – pas assez nombreux pour travailler à la fois à l’hôpital et en communauté – mais aussi le fait que cette spécialité n’est pas forcément celle qui attire le plus les étudiants. Deux problématiques reliées pour le Dr Lemire, puisque la gériatrie est « super intéressante », mais que la façon dont on donne les soins en gériatrie en ce moment n’est pas « stimulante. [...] Ce n’est pas normal, comme gériatre d’être un spécialiste en maladie chronique et en perte d’autonomie, mais de s’occuper des gens exclusivement à l’hôpital le temps de leur hospitalisation », précise-t-il.

Bref, les étudiants en médecine se rendent vite compte de la différence entre ce qu’est le rôle du gériatre et ce qu’on leur fait faire sur le terrain. Et cela n’a rien à voir avec une question d’âgisme. Le Dr Lemire reconnaît qu’il y en a dans le réseau comme partout dans la société, mais ne pense pas que « les médecins n’aiment pas soigner les aînés, et heureusement, car ils représentent 50 % des patients dans les hôpitaux et 25 % à 40 % de la pratique des médecins ».