Communiqués 2008

L’Association médicale du Québec accueille favorablement plusieurs des recommandations du comité Castonguay

mardi 19 février 2008

L’Association médicale du Québec accueille favorablement plusieurs des recommandations du comité Castonguay

Montréal, le 19 février 2008 – « Les principales recommandations contenues dans le rapport Castonguay sont des avenues prometteuses pour régler le problème de financement que connaît notre système de santé. Il est temps de poser des gestes concrets afin de modifier de façon significative les modes de financement et de prestation des services de santé. Le statu quo n’est plus viable et le rapport Castonguay offre des pistes qui méritent d’être étudiées attentivement. »

C’est en ces termes que le président de l’AMQ, le Dr Jean-Bernard Trudeau, a réagi, de façon préliminaire, au rapport rendu public aujourd’hui par le groupe de travail sur le financement de la santé. Le président de l’AMQ a d’ailleurs souligné que plusieurs des recommandations reflètent la position qu’a adoptée publiquement l’AMQ au cours des dernières années.

L’évaluation de la performance

Pour le président de l’AMQ, parmi toutes les recommandations, celles touchant l’évaluation de la performance sont celles qui apparaissent les plus prometteuses.

« Il est indispensable de mettre en place les outils qui nous permettront de mesurer la performance administrative et clinique de nos établissements, commente le Dr Trudeau. Comment pouvons-nous nous améliorer et nous comparer si nous ne savons même pas combien coûtent une intervention chirurgicale ou un épisode de soins ? Nous devons évaluer l’efficience, l’efficacité et la pertinence de nos activités cliniques afin de nous assurer que nous faisons les bonnes choses, de la bonne manière. »

Le président de l’AMQ rappelle que l’amélioration de l’organisation médicale constitue l’une des pistes privilégiées à explorer. « Un meilleur travail en équipe, des communications plus efficaces entre les différentes catégories de professionnels, mais aussi entre les omnipraticiens et les spécialistes, le partage de l’information clinique sont autant de voies qu’il faut examiner », souligne le Dr Trudeau. Dans un sondage Léger Marketing commandé en 2006 par l’AMQ, 84 % des médecins québécois se disaient ouverts à collaborer plus étroitement avec d’autres catégories de professionnels dans le but d’améliorer les services aux patients.

Sous réserve d’une analyse plus approfondie du contenu, le Dr Trudeau tient à réagir de façon préliminaire à quelques-unes des recommandations du rapport Castonguay.

Mixité de la pratique médicale

L’AMQ est d’accord avec la recommandation du groupe de travail de permettre aux médecins de travailler à la fois dans le secteur privé et dans le secteur public. Cette pratique doit toutefois être bien encadrée, afin que soient préservés les efforts déployés au cours des dernières années en vue de solutionner la pénurie de médecins.

Selon le président de l’AMQ, il faut absolument agir face à la sous-utilisation de certains spécialistes et augmenter la capacité du système. « Dans certaines spécialités chirurgicales, la levée de la barrière étanche entre la pratique publique et la pratique privée permettrait vraisemblablement d’accroître le nombre d’interventions, sans avoir à investir dans les infrastructures. Cela serait aussi un facteur de rétention non négligeable pour les spécialistes formés à grands frais dans les facultés de médecine québécoises. »

Le Dr Trudeau rappelle que dans un sondage Léger Marketing commandé par l’AMQ et effectué auprès de la population du Québec en 2006, 90 % des citoyens se disaient d’accord avec le fait que les médecins pratiquent à la fois dans le secteur public et dans le secteur privé, à condition qu’un certain quota de services dans le secteur public soit respecté.

Modes de financement des établissements de santé

Les hôpitaux constituent la principale source de dépenses de notre système de santé. Or, le financement des hôpitaux est encore très largement accordé sur une base historique. Un tel type de financement entraîne des effets pervers majeurs. Les patients sont considérés comme autant d’occasions de ponctionner un budget par définition limité et le rationnement devient un mode de gestion.

Selon le président de l’AMQ, il faut envisager un financement public axé sur les patients, un régime où l’argent suit le patient. « Pour les cliniciens et les gestionnaires, les patients doivent être considérés comme une source de revenus et non comme une source de dépenses. »

L’AMQ est donc en faveur de mesures qui introduiraient des mécanismes de marché qui susciteront l’émulation entre les établissements publics.

Tarification assumée par les usagers

Comme elle l’a fait dans le passé, l’AMQ rejette toute forme de « ticket modérateur » que le médecin aurait l’odieux de mettre en application. À cet égard, toute solution doit nécessairement passer par la fiscalité. Selon le président de l’AMQ, la question qu’il faut se poser est de savoir si on privilégie un financement provenant de la fiscalité générale, comme c’est le cas présentement, on opte pour une fiscalité « ciblée », comme un fonds de santé bien identifié.

« Je suis convaincu qu’une majorité de citoyens serait d’accord pour accroître sa contribution financière aux services sociosanitaires, à la condition qu’ils aient l’assurance que les fonds ainsi recueillis soient effectivement alloués à la santé et aux services sociaux et que leur utilisation soit efficace », souligne le Dr Trudeau. Dans cette optique, l’AMQ voit d’un bon oeil la création d’un fonds consacré à la santé.

Le Dr Trudeau émet toutefois de sérieuses réserves sur la proposition de permettre aux cliniques médicales de percevoir une cotisation annuelle auprès des patients. « Quand on sait que 25 % des Québécois n’ont pas accès à un médecin de famille, il faut accueillir avec beaucoup de prudence une mesure qui pourrait devenir un frein à l’accessibilité. De toute évidence, il faudra évaluer l’impact de cette mesure avant d’aller plus loin dans cette voie. »

La place du privé en santé

En ce qui a trait à la place du secteur privé dans la prestation des services de santé, l’AMQ est d’avis qu’elle est souhaitable dans la mesure ou elle serait étroitement balisée et qu’elle se traduirait par une amélioration de l’accessibilité des services.

Quant à l’hypothèse de confier au secteur privé la gestion d’établissements de santé, via un projet-pilote, le président de l’AMQ est d’accord avec la proposition, mais considère qu’il faut d’abord agir sur les conditions d’exercice de la gestion publique. « Ce qu’il faut remettre en question, ce n’est pas le caractère public de la gestion des services de santé, mais plutôt le carcan administratif dans lequel cette gestion s’effectue. Si les paramètres actuels sont maintenus, le secteur privé plongé dans la gestion d’établissements de santé publics se heurterait aux mêmes contraintes que les gestionnaires actuels. »

L’Association médicale du Québec entend consulter ses membres au cours des prochains jours sur les principaux enjeux soulevés dans le rapport Castonguay et rendra publics les résultats de cette consultation.

L’Association médicale du Québec est une organisation non syndicale qui regroupe plus de 9 000 médecins omnipraticiens, spécialistes et résidents, ainsi que des étudiants en médecine. Elle a pour mission de rassembler et soutenir les médecins du Québec afin de garantir à la population québécoise des soins et des conditions de santé de qualité.

Source : Robert Nadon

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