Lettre ouverte : Pénurie de médecins ou pas ?

Ruth Vander Stelt, M.D.
L’auteure est présidente de l’Association médicale du Québec

Comme l’ensemble de la population, l’Association médicale du Québec suit avec beaucoup d’attention le débat public entourant les effectifs médicaux au Québec.

Avons-nous suffisamment de médecins de famille pour répondre aux besoins de la population? Certains disent que non, d’autres réduisent le débat à un simple ajustement à la charge de travail des médecins de famille.

Chose certaine, il y a une pénurie de médecins de famille qui est « ressentie » sur le terrain. On en a pour preuve le nombre important de citoyens qui se disent incapables de dénicher un médecin de famille et qui doivent se rabattre sur les cliniques sans rendez-vous ou encore sur les salles d’urgence.

Il n’y aura jamais de consensus, ni au sein de la profession médicale, ni dans la population, sur le ratio médecin/patients idéal. La question de l’accessibilité des soins constitue un problème trop complexe pour qu’on la présente comme un simple enjeu d’arithmétique.

Ce débat sur le nombre de médecins requis ou sur leur charge de travail est stérile. Les membres de la communauté médicale, tous champs d’activités confondus, s’entendent déjà sur plusieurs éléments d’un mode d’organisation qui favoriserait l’accessibilité des soins. En voici trois parmi les plus pertinentes.

Le partage des responsabilités avec d’autres professionnels

Des modifications législatives récentes permettent à des professionnels de la santé autres que les médecins d’assumer des responsabilités plus prioritaires. Les médecins s’entendent sur la nécessité de repenser nos façons de travailler, revoir nos modes d’organisation du travail, nos champs de compétence professionnelle.

L’expression « travail interdisciplinaire » ne doit plus être qu’un slogan, mais bien une façon d’envisager l’organisation des services de santé. Il faut dégager les ressources spécialisées des tâches routinières qui peuvent être accomplies par d’autres catégories de personnel. Elles pourront ainsi se concentrer sur des gestes professionnels pour lesquels elles ont été formées.

Le partage des informations cliniques

D’après les témoignages de plusieurs médecins, un omnipraticien exerçant une pratique standard, par exemple qui partage sa pratique entre un centre hospitalier et une clinique de quartier, passe environ 20 % de son temps à chercher de l’information clinique sur ses patients. C’est une situation absurde, non constructive et coûteuse.
La mise en place de systèmes permettant le partage de l’information clinique entre les professionnels, quel que soit leur lieu de pratique, doit être considérée comme une priorité incontournable. Comprenons-nous bien : il s’agit ici d’un investissement  et non pas d’une dépense.

Faire équipe avec le patient « nouveau »

On sait tous que le patient est de mieux en mieux informé. Tous les systèmes de santé performants font une place grandissante au patient, en le considérant comme un véritable partenaire dans l’élaboration de son plan de traitement et dans le monitorage de son état de santé. Ce partenariat doit être encouragé et renforcé.

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Rien de bien nouveau, allez-vous me dire? Peut-être. Mais certaines  évidences ont parfois avantage à être rappelées. C’est sur l’organisation du travail et sur le travail d’équipe que devraient se concentrer nos efforts en vue d’améliorer l’accessibilité des soins et ce, avant que les nouvelles cohortes d’étudiants ne viennent grossir les rangs des médecins en pratique.