La quatrième édition du CMEQ a été couronnée de succès, avec plus de 180 inscriptions et un public composé d’étudiants des quatre facultés de médecine du Québec et d’étudiants en droit de la santé.
En s’articulant autour de la dynamique entre les aspects légaux et cliniques, le colloque a soulevé des enjeux d’actualité, tels que les soins de fin de vie et l’euthanasie. Animés par ces poignantes problématiques qui nous questionnent tout autant qu’elles nous touchent, la Pre Suzanne Philips-Nootens, le Dr Marcel Boisvert et le Dr Serge Daneault nous ont offert des conférences toutes aussi riches et porteuses de réflexion les unes que les autres.
La journée d’information a aussi permis aux futurs médecins de se familiariser avec des notions de gestion des risques, de droit des usagers et de responsabilité médicale, afin de passer moins de temps au tribunal qu’à l’hôpital! C’est ainsi Me Jean-Pierre Ménard, avocat et conférencier chevronné, a présenté son « Guide de survie à l’intention des jeunes médecins » et que le Dr Jacques Guilbert, médecin-conseil en gestion des risques, a mieux fait connaître l’Association canadienne de protection médicale pour laquelle il œuvre.

Louis Couturier, président du Regroupement des étudiants de l’AMQ
Annie Genois, représentante à l’externat du Regroupement des étudiants de l’AMQ

Dr Jean-François Lajoie, président de l’AMQ
Professeure de la faculté de droit et titulaire principale de la Chaire de droit et de gouvernance de la santé de l’Université de Sherbrooke, la Pre Philips-Nootens s’interroge sur les frontières régissant les décisions de fin de vie d’un point de vue médical. Où commence l’acharnement thérapeutique? Quand l’euthanasie peut-elle être légitime, légalement et moralement acceptable? La professeure titulaire fait un rappel exhaustif de l’état actuel du droit au Québec et au Canada, auquel elle confronte certains concepts, tels le respect de la dignité humaine et de la liberté individuelle, à l’origine de l’ouverture d’esprit face à l’euthanasie. Enfin, la conférencière met en lumière la situation actuelle du débat sur l’euthanasie au Québec, après une étude des retombées de l’expérience des Pays-Bas et de la Belgique.
S’il est un espace où la jonction entre droit et médecine peine è s’articuler clairement, c’est bien dans l’épineuse question de l’euthanasie et du rôle du médecin face aux soins de fin de vie. Les conférenciers le Dr Marcel Boisvert et le Dr Serge Daneault, co-auteurs du livre Être ou ne plus être : débat sur l’euthanasie, partagent généreusement leurs points de vue, les confrontent l’un à l’autre. Pour le Dr Marcel Boisvert, ce n’est pas la vie qui devrait être sacrée, mais plutôt la personne. Le Dr Serge Daneault souligne pour sa part que sans la vie, il n’y a pas d’individu, et que, dès lors, il n’y a plus d’autonomie qui tienne. L’aspect sacré de la vie devrait donc, selon lui, avoir préséance sur l’aspect sacré de la personne. Et s’ils l’expriment à travers des moyens différents, les deux conférenciers soulignent que le rôle du médecin doit être d’accompagner son patient, dans son passage dans la vie comme dans celui vers la mort.
Avec une pointe d’humour, Me Jean-Pierre Ménard soumet aux futurs médecins quelques petits trucs pour les aider à passer moins de temps au tribunal qu’à l’hôpital... Il rappelle que même si les disciplines médicales à risque foisonnent (gynécologie, anesthésie, chirurgie, etc.) et que les médecins peuvent commettre des erreurs, la notion de responsabilité repose sur la nécessité de la présence d’une faute, d’un dommage et de leur lien de causalité. Et au-delà des trucs de base (comme la clarté et la qualité des notes inscrites dans le dossier du patient), Me Ménard rappelle l’importance de la communication avec le patient comme pré-requis au « Guide de survie juridique », ainsi que le caractère impératif de la transparence.
Médecin-conseil en gestion des risques, le Dr Jacques Guilbert présente aux étudiants l’organisation pour laquelle il œuvre, l’Association canadienne de protection médicale, ainsi qu’un aperçu de la façon dont l’ACPM peut assister et aider les futurs médecins. Chef de file en gestion des risques médico-légaux au Canada et à l’étranger, l’Association participe pleinement à l’émancipation de la sécurité dans les soins de santé au pays. Le Dr Jacques Guilbert illustre ses propos à travers des cas vécus par les médecins et leurs patients, parfois loufoques, parfois choquants ou troublants.