Les conférences du Colloque « Les maladies chroniques auront-elles raison de ma pratique médicale? » disponibles en ligne !

Selon les travaux du démographe David Foot, les professionnels et gestionnaires du réseau de la santé ont environ dix ans pour trouver des solutions afin de répondre aux impératifs liés au vieillissement de la population et à la hausse de maladies chroniques qui en découlera.

Image2Or, nous sommes loin d’être les seuls aux prises avec cette réalité et plusieurs initiatives ont déjà amélioré la gestion des maladies chroniques. Comme l’indique Claudette Duclos, directrice générale de l’Association médicale du Québec, à l’origine de tous les modèles performants, on retrouve le leadership de médecins de famille soutenus par une équipe interdisciplinaire, ainsi qu’un accès facilité aux médecins spécialistes, à l’information clinique et aux plateaux techniques. Les systèmes d’information adéquats soutiennent un projet clinique bien défini. Mais le succès réside surtout dans la volonté de changer les façons de faire et d’adapter l’organisation et les pratiques médicales aux besoins des patients.

Dans cet esprit, le colloque Les maladies chroniques auront-elles raison de ma pratique médicale? pourrait fort bien constituer un levier de ce changement, l’amorce d’un vaste mouvement où les membres de l’AMQ seraient, plus que jamais, des « médecins en action ».

 

Mot d’ouverture

Les maladies chroniques affectent, et c’est peu dire, les pratiques médicales et l’ensemble du système de santé. À titre d’exemple, la moitié de la population nord-américaine en est atteinte et, à partir de 65 ans, deux personnes sur trois souffrent de deux maladies chroniques. Au Québec, près de 3% de la population accapare à elle seule 50% des journées d’hospitalisation.

Dr_Jean-Francois_LajoieLe Dr Jean-François Lajoie, président de l’AMQ, a souligné que c’est dans l’optique de faire face à ce défi colossal que l’AMQ a réuni des représentants de l’industrie des technologies de l’information et des communications (TIC) et des représentants du milieu médical lors du colloque Les maladies chroniques auront-elles raison de ma pratique médicale?, afin de déboucher sur une vision commune de la situation actuelle du réseau de la santé, de son évolution anticipée pour les dix prochaines années, et des besoins en TIC pour mieux être à même d’y arrimer des stratégies et des outils technologiques.

« Le plan stratégique de l’Association médicale canadienne en matière de TI », par William Pascal

William_PascalLes coûts reliés aux soins de santé ont plus que triplé au cours des quatre dernières années et ne cesseront d’augmenter avec le vieillissement de la population si rien n’est fait, selon William Pascal, directeur de la technologie de l’Association médicale canadienne. Les stratégies déployées jusqu’à aujourd’hui n’ayant pas atteint totalement leurs objectifs, elles devront nécessairement être revues, d’où la nécessité de créer une interface permettant le partage des informations médiales d’un patient. L’adoption d’une approche permettant une participation active des professionnels aurait alors pour effet de réduire le temps de consultation et les erreurs de médication, ce qui engendrerait des économies substantielles tout en facilitant la gestion des maladies chroniques, par la prévention et la participation du patient au monitorage de son état de santé.

« La face cachée du rapport du commissaire à la santé », par Robert Salois

Robert_SaloisInformer, apprécier, consulter et recommander : voilà le quotidien de M. Robert Salois, commissaire à la santé et au bien-être. Dans son discours, celui-ci dresse un portrait de la situation actuelle au Québec et émet le constat selon lequel « l’analyse de la performance de notre système suggère que les solutions sont d’ordre organisationnel et résident dans les outils qu’on offre aux cliniciens et dans le développement des capacités des personnes ». Enfin, il admet que notre système de santé présente plusieurs lacunes et rappelle l’importance d’investir dans des programmes d’informatisation du réseau et de développement des capacités des patients à participer à leurs soins afin de désengorger la première ligne.

« Cleveland Clinic Health Systems », par le Dr Rami Boutros

Dr_Rami_BoutrosFaciliter la prise en charge de sa santé par le patient en lui permettant d’avoir accès à son dossier médical ainsi qu’à des experts en tout temps, voilà l’objectif ultime que s’est donné la Cleveland Clinic. Porté par un enthousiasme des plus communicatifs, le Dr Rami Boutros, directeur des services cliniques, a suscité un vif intérêt chez les participants en démontrant les retombées positives des façons de faire de la Cleveland Clinic. La conférence a donc été des plus inspirantes, en éveillant la réflexion des participants sur les possibilités de transposition des acquis de l’OHIO dans notre propre système.

« L’expérience de la Colombie-Britannique », par le Dr Garey Mazowita

Dr_Garey_MazowitaLe Dr Garey Mazowita, professeur de la faculté de médecine de la University of British Columbia, a présenté avec enthousiasme un modèle d’organisation clinique permettant une gestion optimale des maladies chroniques. Il a parlé du General Practice Services Committee, mis sur pied par le Ministère de la santé, l’Association médicale de la Colombie-Britannique et l’Association des médecins de famille de Colombie-Britannique. Le comité a instauré des programmes visant à promouvoir la pratique de la médecine familiale, en répondant au désir des médecins d’être rémunérés et valorisés à leur juste mesure, en encourageant les étudiants à pratiquer la médecine familiale, et en mettant en valeur les soins longitudinaux. Des programmes répondant au désir des médecins d’être épaulés dans leur formation et leur pratique ont également été créés, ainsi que des Divisions constituées de médecins de famille ayant des pratiques convergentes sur un territoire donné. Aujourd’hui, plus de 80% des médecins de famille font partie d’une des Divisions. Le dossier médical électronique, en implantation graduelle depuis 2006, rencontre un vif succès, notamment auprès des médecins ayant des pratiques de groupe (plus de 90% des médecins inscrits qui travaillent en groupe de 6 professionnels ou plus ont implanté le dossier médical informatique).

Bref, l’expérience de la Colombie-Britannique, telle que communiquée par le Dr Garey Mazowita est des plus inspirantes, tant pour les défis que pose l’intégration des technologies de l’information que pour ceux que suppose la gestion des maladies chroniques.

Atelier « Implanter un nouveau modèle de pratique », animé par le Dr Gerry Bédard

Dr_Gerry_BedardSi les maladies chroniques affectent déjà la pratique médicale, Dr Gerry Bédard, du GMF Lavaltrie-Lanoraie, rappelle que la situation ne devrait pas s’améliorer dans les prochaines années, avec une population vieillissante, le nombre croissant et la complexité des maladies chroniques et un système de santé de plus en plus difficile à financer. C’est dans cette optique que les participants à l’atelier « Implanter un nouveau modèle de pratique » ont nommé les particularités d’une organisation optimale de soins de santé qui pourrait nous permettre de traverser l’horizon des dix prochaines années, à commencer par une analyse plus approfondie des besoins de la population. Au cœur de ce changement, des acteurs tels que les médecins généralistes et spécialistes, le ministre et le commissaire à la santé et au bien-être, mais d’abord, une volonté de changement bien ancrée dans une vision commune. Les participants ont enfin dressé la liste de quelques conditions susceptibles de faciliter le changement, notamment une rémunération adaptée, ainsi que le transfert des connaissances, l’investissement dans les soins à domicile et l’intégration adaptée des technologies de l’information et des communications dans la pratique médicale.

Atelier « Apprendre à gérer le changement », animé par Louise Beaudoin

Louise_BeaudoinLouise Beaudoin, psychologue organisationnelle et associée à la Société Pierre-Boucher, fait un retour sur l’atelier « Apprendre à gérer le changement » qu’elle a animé. Elle insiste sur l’importance de le définir de façon inspirante et concrète afin de le faire accepter. Les participants de l’atelier ont aussi souligné l’importance de réaliser une analyse d’impacts pour mieux cerner les actions à poser et les pièges à éviter. Enfin, outre la préparation, la mesure et le suivi, les conditions favorables au succès dans la gestion du changement s’articulent beaucoup autour des communications, dans la clarté des messages, l’écoute et la rétroaction. Dans cette optique, Louise Beaudoin suggère de privilégier des actes de communication fréquents, mais de courte durée.

Atelier « Apprivoiser le patient en devenir, comprendre ses exigences, ses attentes, et en faire un partenaire », animé par Stéphane Gendron

Stephane_GendronStéphane Gendron, vice-président de CROP, a défini trois points majeurs qui sont ressortis des discussions dans l’atelier qu’il a animé : l’importance de faire jouer un rôle plus grand au patient, d’offrir des soins à l’échelle de la communauté, et de revoir le rôle du médecin. En effet, il sera peut-être profitable de modifier le paradigme, et de favoriser « l’accès à des soins de santé » plutôt que « l’accès à un médecin ». Les solutions passent donc par l’accueil et l’écoute, l’approche-partenaire, ainsi que le partage et la circulation des informations et des connaissances. Bref, il faut revoir nos façons de faire.

Appel de candidatures pour les missions

L’équipe de l’Association médicale du Québec et plusieurs de ses membres s’intéressent depuis quelques années aux problèmes que soulève l’émergence des maladies chroniques, et aux défis qu’elle sous-tend pour le système de santé et pour la profession médicale.

Claudette_DuclosC’est dans cet esprit que Claudette Duclos, directrice générale, a annoncé que l’AMQ parrainera, en collaboration avec des partenaires de l’industrie des technologies de l’information et des communications, une mission à l’étranger, afin de mieux faire connaître des programmes de gestion performants susceptibles d’inspirer, voire même d’initier un vent de changement ici!

Les deux milieux cliniques sélectionnés sont très différents l’un de l’autre. Le premier est un réseau d’établissements de Colombie-Britannique, le Providence Health Care Medical Center, qui a fait ses preuves en terme de gestion des maladies chroniques. Le deuxième réseau de santé, le Cleveland Clinic Health Systems, en Ohio, est notamment réputé pour son utilisation optimale des technologies de l’information et des communications.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les missions d’études et d’observation de l’AMQ, vous trouverez plus d’information à l’adresse suivante : http://www.amq.ca/fr/en-action/nouvelles-amq/item/278.

Allocution du Dr Yves Bolduc, ministre de la Santé et des Services sociaux

Ministre_BolducLe ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Yves Bolduc, se décrit comme « un gars 100% numérique. » Si, dès 2004, il était le premier de son équipe de GMF à utiliser exclusivement le prescripteur électronique, il estime qu’aujourd’hui, le Québec est aussi informatisé qu’ailleurs. Par ailleurs, s’il croit que nous avons de meilleurs outils pour pallier aux impacts des maladies chroniques (assurance-médicaments, effectifs médicaux répartis dans toute la province, etc.) qu’en Ontario, par exemple, il admet que notre système n’est pas parfait, et que nous devrons revoir nos manières de faire. « Il y a un problème d’accessibilité de services, de facilité d’utilisation des services, mais ça ne va pas passer par plus d’argent, mais par plus de gestion, mais surtout par plus de collaboration entre les professionnels et entre les intervenants du réseau de la santé. Et par un leadership du ministre, des agences, des établissements, des fédérations et des syndicats. » Il faut changer nos modes de gestion et nos pratiques, mais il y a énormément de résistance au changement. Par contre, le courant technologique actuel est irréversible, et forcera l’adoption de nouvelles habitudes. « Groupes de médecine de famille, cliniques-réseaux, informatisation du réseau de la santé : c’est un train qui est là, qui passe, et que les gens n’auront pas le choix de prendre », et le ministre croit qu’il faudra peut-être rendre le changement obligatoire pour qu’il fonctionne. Enfin, le Dr Bolduc souligne qu’il est important de se laisser inspirer par les innovations technologiques et organisationnelles de la Cleveland Clinic, Mayo, Kaiser Permanente, ou de chez nous, mais que ce qui est plus important encore dans l’innovation, c’est de la généraliser pour que tous puissent en profiter.

Mot de clôture

Claudette_Duclos_mot_de_clotureEn guise de conclusion au colloque, Claudette Dulos, directrice générale de l’AMQ, rappelle que selon les travaux du démographe David Foot, les professionnels et gestionnaires du réseau de la santé ont environ dix ans pour trouver des solutions afin de répondre aux impératifs liés au vieillissement de la population et à la hausse de maladies chroniques qui en découlera.

Or, nous sommes loin d’être les seuls aux prises avec cette réalité et plusieurs initiatives ont déjà amélioré la gestion des maladies chroniques. À l’origine de tous les modèles performants, on retrouve le leadership de médecins de famille soutenus par une équipe interdisciplinaire, ainsi qu’un accès facilité aux médecins spécialistes, à l’information clinique et aux plateaux techniques. Les systèmes d’information adéquats soutiennent un projet clinique bien défini. Mais le succès réside surtout dans la volonté de changer les façons de faire et d’adapter l’organisation et les pratiques médicales aux besoins des patients.

Claudette Duclos formule le souhait que le colloque Les maladies chroniques auront-elles raison de ma pratique médicale? constitue un levier de ce changement, l’amorce d’un vaste mouvement où les membres de l’AMQ seraient, plus que jamais, des « médecins en action ».